‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 109 sur 199 · ALFRED DK VIC.NY · texte numérisé non relu

ALFRED DK VIC.NY

Le meilleur avantage secondaire qu'on y découvrirait fut peut-être l'heureuse influence qu'exerça sur Vig-ny et sur son œuvre l'Angleterre tant par ses mœurs que par ses lettres. Vigny fit trois ou quatre voyages au pays de sa femme « où on le recevait, dit-il, avec tant de grâce »; il y séjourna parfois jusqu'à six mois; il y contracta d'utiles et d'agréables relations qui se prolongèrent jusqu'en France. Un beau jour, par exemple, l'oncle de Lydia, le colonel Hamilton Bunbury, présente à l'auteur des Waverley Novels le récent auteur de Cinq-Mars; sur les traits « mélancoliques » de « l'illustre vréïTlard », le jeune débutant crut lire « l'impression d'une douleur récente ' » ; une autre parente d'Angleterre, zélée traductrice de son Paris et de son Moïse, l'initia à « la tragédie poétique » de Carlyle sur la Révolution française; Lady Blessington, belle-mère de son camarade, le comte d'Orsay, lui transmit de vivants souvenirs de son cher et grand Byron. Lui-même, en observant le jeu plus ou moins traditionnel de Kean, de Macready et de Mrs Siddons, sut mieux comprendre le génie de Shakespeare et le mieux adapter à la scène française; en son propre drame, Kitty Bell, John Bell, le Quaker, sinon le héros même et les jeunes lords, sont, à part quelques puériles illusions, des types bien anglais; le beau portrait de l'amiral Collingwood dans Servitude et Grandeur militaires est, de l'aveu même de Vigny, un hommage rendu au pays de ce Wellington dont il préférait le patriotisme sans faste à l'égoïste et charlatanesque ambition d'un Napoléon. Enfin, tout en n'appréciant que

Page 1