Journal) 34-33 ; fît-i'ue de Paris, 1" sept
modérément la « vigueur rude » et le lourd confort du grand peuple marchand, tout en faisant condamner par le Quaker cette patrie de l'utilitarisme sec et par Chatterton cette « terre du dédam », le poète philosophe sait rendre justice à ce « pays sérieux », de « calme progrès », dont la « gravité » convenait à sa « retenue habituelle » ' ; aussi a-t-il emprunté quelques traits caractéristiques de son homme d'honneur au beau type national du gentleman, dont on retrouve, jusqu'en sa propre personne, quelque chose de la scrupuleuse morale puritaine et de la froide politesse un peu cérémonieuse. Mais combien chétives, ces quelques compensations de moraliste et de littérateur, auprès des graves déboires matrimoniaux qui empoisonnèrent la vie entière de l'homme!
Très prosaïquement, avons-nous dit, le jeune officier noble avait compté sur la fortune de sa femme pour s'assurer non pas, à coup sûr, de vulgaires jouissances, mais d'honorables loisirs de poète. « Naître sans fortune, écrivait-il, est le plus grand de tous les maux; on ne s'en tire jamais dans cette société basée sur l'or, quand on est honnête homme ^ » Et, comme Sancho Panza, il ajoutait : « Il n'y a dans le monde que deux sortes d'hommes : ceux qui ont et ceux qui gagnent... Pour moi, né dans la première de ces deux classes, il m'a fallu
1. Servitude et Grandeur militaires, 290. « Ce qui fait la force et l'unité de cette nation, dit-il fort justement, c'est que chaque homme s'y regarde comme un homme politique : chaque citoyen parle et agit dans le sens de la politique anglaise du moment. • (Journal, 160.) Nous en avons encore maintenant l'exemple.