‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 121 sur 199 · Revue des Deux Mondes · texte numérisé non relu

Revue des Deux Mondes

\LFRED DK VIGNY.

tanéité : « candeur, désespoir attachant, gaieté enivrante, folie d'enfant, pleurs d'enfant ' », bien qu'il eût par la suite à en déplorer les fâcheux excès : « versatilité déconcertante, mobilité stupéfiante », alternantes scènes de jalousie et de larmes, brouilles impulsives, « humeurs noires et capricieuses », bref tous les symptômes d"une vitalité déréglée. « Une actrice vraiment inspirée est charmante à voir à sa toilette, dit-il, avant d'entrer en scène. Elle parle avec une exagération ravissante de tout, elle se monte la tête sur de petites choses, crie, gémit, rit, soupire, se fâche, caresse en une minute. Elle se dit malade, souffrante, guérie, bien portante, forte, gaie, mélancolique, en colère; elle est impatiente comme un petit cheval de course qui attend qu'on lève la barrière, elle piaffe à sa manière; elle se regarde dans la glace, met son rouge, Tôte ensuite ; elle essaie sa physionomie et l'ajuste, elle essaie sa voix en parlant haut; elle essaie son âme en passant par tous les tons et tous les sentiments. Elle s'étourdit de Part et de la scène par avance, elle s'enivre -. » « Vous rappelez-vous, disait-il plus tard à Janin, son beau rire, et comme elle était gaie, aussitôt qu'elle avait quitté les horreurs de la scène? » Par contre, à la suite de scènes cruelles, il lui écrit gravement : « Tes deux ennemies sont la gaieté bruyante et la colère... Tu te plains toujours et c'est moi seul qui suis à plaindre. Tu fais de la jalousie et de la colère pour avoir l'air bien plus occupée de moi ^. » Le plus puissant mobile toutefois dans le cœur

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