Théâtre, 83: Correspondance
2. « Elle recevait de lui, dit le Journal, non des baisers, mais ces douces caresses de mains passées dans les cheveux, de doigts
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« Ce n'était point là, disait-elle, aimer naturellement. » Un soir donc qu'elle fixait vainement dans le visage extasié de son platonique amant « ses grands yeux... brûlants du plaisir que son regard demande » : « Quand donc, ricana-t-elle gouailleuse, les parents de M. le Comte viendront-ils demander ma main? » Étrangement troublé en sa chair, le poète à'Eloa sentit renaître en lui le poète de Dolorida. « Tout à coup il la possède, insinue le Journal^: il s'attache à elle et entre dans sa vie. » En vain le fier moraliste avait-il écrit en sa superbe confiance : « Je vis dans le feu comme une salamandre >■> ; le mystique se
posés sur la l)Ouche. qui préparent à l'oniour et qui répondent, pour ainsi dire, au sens de l'âme. » Ne pensait-il qu'à ces caresses lorsqu'il ajoute : « Je ne sais si l'apprêt qu'il exige n'est pas un des germes de mort de l'amour. » (/., 1834,) « Tu te plaisais, lui reproche-t-il (Correspondance, o9), à m'affiiger et à me tourmenter par des familiarités qui m'eiïrayaient. •> Dans une scène amusante de ses. 1/emo/rt>s (XYIII, 137-1 CO) qui ne montre que trop crûment toutes ces duperies de l'amour, Marie Dorval refuse d'embrasser son « bon chien » d'Alexandre. « Je redeviens sage, dit-elle, je me refais une virginité; le comte me traite comme une duchesse; il me fait de peiilos élévations ; il m'appelle son ange. •> «. Vois-tu, ma chère, ajoutait-elle cyniquement à une amie, plus je vais et plus je sens qu'on ne peut bien aimer que celui qu'on n'estime pas. » (Noiiv. Lundi, VI. 447.)
Elle rit et triomphe; en sa froideur savante. Au milieu de ses sœurs elle attend et se vanio Do ne rien éprouver des atteintes du feu.
l'eut-être trop experte en amour, la prosaïque actrice se méfiaitelle, en la raillant, de cette platonique passion de poète plus épris de la beauté idéale de sa propre exaltation que de l'indigne être de chair qui en était l'éphémère occasion. « Tenez, madame, dit impatiemment Chatterton (Théâtre, 76), il ne faut pas que les femmes soient dupes de nous plus longtemps. Les passions des poètes n'existent qu'à peine. On ne doit pas aimer ces gens-là; franchement, ils n'aiment rien : ce sont tous des égoïstes. » 1. Journal,- 204.
découvrit inopinémenl sensuel : « la vie est double dans les flammes ». Une fois de plus se vérifia à ses dépens Fimplacable aphorisme de Pascal : « Qui fait l'ange fait la bête ». Une folle lettre égarée en des mains indiscrètes demeure l'incontestable témoignage d'égarements ullra-voluptueux. Une nuit qu'il rentrait de chez elle, « le cœur navré », il lui écrivait encore à une heure du matin : « Il me faut ton écriture, il me faut la trace de ton bras sur le papier, et tous les jours de ma vie, tous les jours ton écriture, et elle seule, et point d'autre qui s'en mêle ^ ». Dès lors commença pour le héros vaincu par « l'être faible et menteur », pour l'austère Samson charnellement lié à la Dalila impure, pour le soi-disant archange mortellement mordu par << la vipère dorée », « l'éternel combat » ^ traître et lâche - », c'est-à-dire une longue et cruelle crise d'exaltations amoureuses et de dépressions jalouses, « d'inquiétude continuelle » et de « lutte perpétuelle », de remords et de malédictions. « Le plus grand malheur de l'amour, le doute, pouvait se redire l'auteur de Cinq-Mars, commence à déchirer mon cœur malade^ ». Associée à l'idée de damnation, l'âpre volupté devint un martyre^; comparée au noble sacerdoce du poète rédemp-