Barbier, Souvenirs personnels
246 ALFRED DE VIGXY
concitoyens, vous demander vos voix... Dans ma pensée le peuple est un souverain juge qui ne doit pas se laisser approcher par les solliciteurs... Il doit donner à chacun selon ses œuvres : ma vie et mes œuvres sont devant vous'. » « En conséquence, confie le candidat à un ami intime, j'attends ce que va faire la Destinée à Angoulême, Jen suis assez curieux. S'il est écrit là-haut que je dois monter à la tribune, eh bien! tant mieux pour le droit et la l'aison... sinon tant mieux encore et surtout pour moi. La Destinée dirige une moitié de la vie de chaque homme et son caractère l'autre. Cette fois, je laisse faire la Fortune-. » A tant de discrétion ou,, si Ton préfère, à un si strict fatalisme, la narquoise déesse ou plutôt « le souverain juge » eut la mauvaise grâce de ne répondre que par dix voix d'approbation. L'indolent politicien eut du moins le bon goût d'en prendre allègrement son parti. « Au milieu de mes paysans, écrit notre politicien dégrisé, j'ai compris mieux que jamais l'état de notre malheureux pays : tantôt on les trompe, tantôt ils se trompent. Ils ne comprennent pas un mot du rôle de citoyens qu'il leur faut jouer tout d'un coup. Tout effarés, ils cherchent vite un maître qui leur épargne la peine de penser... La forme républicaine tombe des nues au milieu des mœurs contraires ^. » Personnellement il se félicita même de ce bonheur d'avoir été ainsi
i. Correspondance, 393, 394.