Ibid
3. •• Plaire, que ce mot est humiliant! dit Cinq-Mars (162). Obéir ne l'est pas autant. Un soldat s'expose à mourir, et tout est dit. Mais que de souplesse, que de sacrifices de caractère, que de composition avec sa conscience, que de dégradation de sa pensée dans la destinée d'un courtisan ! »
4. Stello, if2; Journal, 149. Quand le prince héritier de Bavière lui fit demander d'entrer en correspondance avec lui au sujet de l'état actuel de la littérature française, Vigny exigea de son ambassadeur « l'assurance que ni dans le présent ni dans l'avenir le prince ne se croira obligé de m'en témoigner sa gratitude par autre chose qu'une lettre de lui. Sans cela, ce serait un traité, un marché. » {Journal, 123.)
avait beau en pleine Académie réclamer pour le grand artiste le triple rôle de poète, de philosophe et de législateur, ne put jamais remplir la moindre mission politique ni la plus petite charge diplomatique; le magnanime poète de Moïse ne fut jamais ni peu ni prou pasteur de peuples, alors même qu'au premier rang avait tant brillé Lamartine et qu'à rhorizon grandissait Hugo, ses deux pairs, d'autrefois. « Et n'être que poète est pour eux un affront, » déplore l'ami d'Eva.Sans doute^ au point de vue pratique, il n'y a pas trop lieu de regretter pour un si chimérique idéaliste cet « ostracisme perpétuel • » ; lui aussi eût siégé au plafond, sinon plus haut encore dans la nue. On ne saurait nier pourtant qu'au point de vue personnel l'amour-propre de Vigny dut singulièrement soulïrir de ce long veto opposé à ses plus légitimes espérances comme à ses plus présomptueuses ambitions et que le pessimisme du poêle ne put manquer de s'accroître de tant de déceptions en sa vie publique comme en sa vie privée.
2. Un ami de Vigny, Horace de Lagardie, a tort bien vu cet aspect malheureux de sa vie : « Il était par nature et par naissance un aristocrate, dit-il, et, par conséquent, sans parti en France. Sa naissance le classait parmi les légitimistes; mais il était trop libéral et pas assez catholique pour être réellement des leurs. Libre penseur lui-même, il n'aimait point l'irréligion publique ; il y voyait une sorte de révolte populaire, et le peuple jugeant ses dieux et ses rois lui semblait odieux. A une pareille nature l'égalité devait paraître la plus grossière des utopies. Le socialisme de 1848 lui causa d'abord un dégoût et une épouvante qui l'éloignèrent de Paris pendant quelques années, et lui inspira plus tard une indulgence excessive pour la répression, qu'on a voulu transformer en adhésion raisonnée.... Il lui aurait fallu arriver d'emblée; il ne pouvait se résoudre à se laisser coudoyer dans la foule qui encombre de notre temps tous les chemins du succès. » {[{eviie nationale, 10 octobre 1863.)
Jusque dans le domaine littéraire, mêmes déceptions que sur le terrain politique. — Au théâtre, avons-nous vu, les acclamations avaient été plus bruyantes que prolongées ; la faute, à vrai dire, en fut parfois à Vigny. « Pendant des années, dit Arsène Houssaye ^ je Tai vu tantôt chez moi, tantôt chez lui pour la reprise d'Othello et de Challerion. Quelle que lut la distribution des rôles, il disait toujours : « Je vais étudier les comédiennes. » Il venait au théâtre, mais il s'en allait plus indécis encore. C'était à mourir. Il y mettait tant de bonne grâce quïl était impossible de ne pas prendre patience. C'est ainsi que, voulant le jouer, je n'ai réussi qu"à perdre agréablement mon temps. » La correspondance de Vigny avec Busoni est alors pleine dhésitations de ce genre : " Ce que j'avais craint, répète-t-il, c'était une représentation montée à la hâte, en mon absence, de l'une de mes pièces -. » Il refusa pour ce motif Challerion à la Gaieté et Othello à l'Ambigu ; il fit même en 1862 interdire par ministère d'huissier une représentation du More de Venise. Si Quitte pour la Peur fut en 1849 repris au Gymnase avec quelque succès, ce fut bien malgré lui : « Puis-je croire, écrit-il, que l'on ait ainsi joué cette pièce sans mon avis, sans mes conseils? ]\Ion intention était que cette bagatelle ne fût représentée que cet hiver sous ma direction et après des ouvrages de moi plus importants ^. » Qu'on était