‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 140 sur 199 · Correspondance · texte numérisé non relu

Correspondance

loin de la fièvre romantique d'antan! — En librairie, même indolence de Fauteur, même indifférence du public : à grand'peine Vigny put réunir de 1837 à 1839 ses œuvres complètes en six volumes. « Ce qui manquait à M. de Vigny, dit justement Edouard Fournier, c'était le bruit, le tapage de la camaraderie auxiliaire qui attire et fixe l'attention sur une œuvre, c'était l'art aussi de faire croire à la fortune d'un livre par la multiplicité des éditions factices '. » « J'ai peu d'estime, avouait-il, pour cette recherche ardente de la popularité. » Combien différent le sens de la réclame chez le coryphée des Jeune-France ! Maintenant, déplore le Journal de 1832, « le charlatanisme est à son comble ».

Depuis les grandes journées romantiques, l'amitié de Hugo n'avait, du reste, guère cessé de se refroidir à l'égard de son discret rival. « Je vais ranger votre livre parmi les plus rares de ma bibliothèque, écrit Vigny en 1840 à propos des Rayons et Ombres, et votre écriture, si rare aussi, parmi les choses les plus précieuses que je possède. » « Vous savez que je vous aime toujours, » ajoutait pourtant un postscriptum de 1842^. Au lendemain de la tragique mort de Léopoldine et de son mari, le 30 novembre 1843, Vigny le prouva bien: oublieux de tout ressentiment,

1. Souvenirs poétiques de VEcoie romantique, .517; Correspondance, 90. Vigny écrit en son Journal (183) : « Vile publicité! toi qui n'es qu'un pilori où les profanes passions viennent nous souffleter », ai-je dit dans Chatterton. Les auteurs s'en occupent trop. L'un court après les articles de journaux; l'autre après les opinions de salon qu'il clierche à former. Peines perdues! » « Il ne faut, conclut-il (183), désirer la popularité que dans la postérité et non dans le temps présent. »

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