‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 145 sur 199 · Correspondance · texte numérisé non relu

Correspondance

3. Journal, 144. Trois ans plus tard, il se contente de demander, d'abord 1 500 francs pendant trois ans. Il est, du reste, le premier à reconnaître que la formation d'un jury d'élite est d'une extrême dUhcuMé. {Lettre à MM. les Députés.)

ALFBED DE VIGNY. i /

livre sera constituée comme celle dun champ. Les sueurs du front sont au moins aussi nobles que celles du bras. Il n'y a pas d'or plus pur que celui qu'apportent les récoltes de la pensée. » Si ^'igny ne réussit point à faire passer Tutopique projet, qu'il eût, dit-il, aimé défendre lui-même à la Chambre, il en obtint du moins la discussion; et. par surcroît, il obtint en faveur de sa protégée le rétablissement de la rente que lui avait accordée l'Empereur. « La publicité a fait, disait-il, ce que ses dix ans de sollicitations n'avaient pu faire. »

Il eut, en outre, la très vive satisfaction de voir un de ses admirateurs, le vicomte de Maillé de Latour- Landry, fonder à l'Académie Française un prix bisannuel de poésie et plus tard la joie intime de le faire attribuer à son très méritant ami Brizeux. En dépit ou peut-être à cause même de ses trop nombreuses et trop opiniâtres interventions en faveur d'hommes de lettres malheureux, il eut par contre l'amère douleur de voir sans cesse décroître l'efficacité de son influence. « Croyez à tout, écrivait-il à un jeune postulant'^, excepté à mon crédit en quoi que ce soit. J'en ai souvent fait l'épreuve inutile... Plaignez-moi donc de mon impuissance dans les affaires de ce monde. » Le généreux défenseur des poètes assistait ainsi au milieu d'eux à sa propre déchéance, si imméritée qu'elle fût.

En vain Vigny avait-il déclaré en son adresse à la Chambre que, « dans le domaine des lettres et des arts, la position n'est jamais conquise définitivement », que « le nom de chaque auteur est remis en

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