Lettre ii Pommier, 14 janvier
loterie à chaque nouvel écrit et tiré pêle-mêle avec les plus indignes », que « Tingralitude du public est inexorable et féroce' »; en vain ajoutait-il en son Journal que « ce qui manque le plus aux lettres, c'est la sincérité », et, dans sa belle épître au prince héritier de Bavière, que, « lorsqu'un homme devient trop vite populaire, il faut se méfier : car c'est presque toujours par son côté commun qu'il l'est - » ; il n'en voyait pas moins croître sans cesse et s'enfler outre mesure la vogue tapageuse de son cadet Victor Hugo et de bien d'autres rivaux infiniment moins dignes : bien plus, le jeune Musset, son émule de la veille, Féclipsait désormais. Enfin l'Académie, comme pour ratifier tant d'injustice à son égard, le repoussait quatre fois (1842-1845) , lui préférant Ballanche, Pasquier, Patin et finalement Sainte- Beuve. « Je ne me fais pas plus modeste que je ne le suis, disait ce bon apôtre; mais si M. de Vigny avait eu la moindre chance d'entrer à ce moment, je me fusse volontiers et à l'instant effacé devant lui, accordant le pas à l'éminence du talent, ou même seulement à la prééminence de la poésie ^ » Pourquoi donc alors insinue-t-il odieusement, sans l'ombre
1. Journal, 109. « Le malheur des écrivains, ajoute-t-il (p. 97), est qu'ils s'embarrassent peu de dire vrai, pourvu qu'ils disent. 11 est temps de ne chercher les paroles que dans sa conscience. » •• J"ai résolu de ne sacrifier jamais qu'à la conviction et à la vérité » (p. 109). <• Se faire un nom à tout pri.x, voilà leur affaire », eùt-il volontiers dit comme son Louis XV à propos des hommes de lettres. (Stella, 32.)
2. Correspondance, 90. « Il faut au public quelque chose d'un peu grossier, dit-il. (Journal, 99.) Je me méfie d'un livre qui réussirait sur-le-champ, sans un an au moins d'intervalle, pour que l'élite puisse y convertir la masse idiote. ■■