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d'une preuve : « Vigny, qui se croil un gentilhomme, fait, pour arriver à TAcadémie, des choses qui ne sont pas d'un gentilhomme, qui ne sont pas même d'un pédant » ? Fait-il ainsi allusion à ces innocentes railleries par lesquelles Vigny se vengeait de la quadruple corvée des visites académiques et qui contiennent tout au plus un peu trop d'esprit de l'escalier ' ? Vigny fut enfin élu le 8 mai 1845 par vingt voix au premier tour de scrutin; mais sa réception fut retardée jusqu'au 29 janvier 1846, et on lui ménagea un affront.

« Après m'avoir été caché soigneusement, dit la victime de cette mauvaise plaisanterie, le discours du directeur M. Mole me fut escamoté dewanila. commission qui y aida en m'interrompant, en couvrant ma voix, en hâtant le rapport des conclusions à l'Académie qui l'attendait ^. » Le jour venu, le nouvel académicien aurait, selon Sainte-Beuve, singulièrement allongé son discours déjà long par « la lenteur et la solennité de son débit », et encore ajouté à l'irritation du public par un excès de « satisfaction séraphique" ». Le principal grief des adversaires de Vigny aurait été, selon d'autres contemporains, qu'il eut le premier le courage d'entrer « drapeau haut et tête levée » dans la vieille forteresse classique : « Il fut le seul romantique, dit Lagardie, qui ne fit aucune concession en prenant possession de

1. Voir toute la partie du Journal (204-233) intitulée Mes visites à r Académie (1842-1845), surtout l'amusant dialogue avec Royer- Collard. Cf. Sainte-Beuve, Causeries du Lundi, XI. 525.

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