‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 155 sur 199 · I. Journal · texte numérisé non relu

I. Journal

tant soit peu particulière à quelqu'un; comme cette disposition native n'a fait que s'accroître pendant treize ans de vie à l'armée, où le silence est une consigne; comme cette coutume s'est accrue encore par un long séjour en Angleterre et par mes rapports avec les Anglais dans leur pays et dans le nôtre, il en résulte qu'il y a sur mon caractère une double enveloppe de taciturnité qui fait que j'aime à parler des idées et des sentiments, jamais des personnes. » « Moins on me parle de ma vie, écrit-il, plus cela me plaît. Il a fallu le chagrin que vous m'annonciez pour que je vous aie parlé de moi : ce que je ne fais jamais '. » « Je me sens bien le courage de supporter ce qu'il y a de pénible, mais non de le raconter, h « Ce qui me soutient, ajoute Chatterton, c'est cette fierté naturelle; elle me crie toujours à l'oreille de ne pas ployer et de ne pas avoir l'air malheureux. » « Bref, profondément blessé, mais trop fier pour me plaindre, a été l'épigraphe de toute ma vie-. » Avouons donc que, si Vigny parlait peu de lui-même, il n'y pensait peut-être que davantage; son égotisme, au lieu de s'étaler, se concentrait à la longue; sa réserve, pour être plus pénible, n'en devenait que plus « farouche ^ ».

Tant d'empire sur soi ne s'acquiert point en eflet, surtout chez un homme sensible et malheureux à l'excès, sans de grands efforts : aussi de cette « grande habitude de dompter sa sensibilité « pour « soutenir l'âpre dignité de son caractère » résulte forcément de la raideur. Et cette raideur fut d'au-

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