‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 156 sur 199 · Le mot est de M. Ratisbonne, Journal d'un pol-lc · texte numérisé non relu

Le mot est de M. Ratisbonne, Journal d'un pol-lc

tanl plus apparente chez Vigny qu'elle revêtail N'olontiers les formes un peu guindées de la politesse cérémonieuse de l'ancien régime. « Les manières séparent les hommes par une force plus invincible peut-être que celles des sentiments, » avait dit M'^' de Staël'. « Il n'est donc pas surprenant, conclut Vigny à propos de Byron, qu'un homme de génie malheureux cherche dans un visage impassible et froid un rempart contre la pitié curieuse et glacée du commun des hommes ^ » Ainsi lit-il lui-même. « Le Docteur Noir seul parut en moi ; Stello se cacha, » déclare le poète prématurément froissé par la vie et blessé par les hommes^; or l'on sait tout ce que la sèche raison du trop sagace Docteur impliquait à la fois de froideur glaciale et de raideur compassée; avec le départ de Stello s'envolèrent donc toutes les fantaisies de l'imagination et tarirent tous les épanchemenls du cœur. « On ne naît pas toujours quand il le faudrait, constate un contemporain clairvoyant '% et le destin est un grand faiseur d'anachronismes. Quel charmant grand seigneur eût été Alfred de Vigny, brave, lettré, bienveillant, libéral aussi, portant, comme disait Scudéry, « plume à la main et au chapeau ! » Dans une position de supériorité incontestée, la raideur qu'on lui a i^eprochée parfois eût disparu. « La politesse est une bonne défense », disait-il souvent; et s'il lui arriva de blesser parfois, ce fut en se défendant trop bien avec une arme de politesse froide et acérée. « Con-

Page 1