Journal
i. .11. (Je Lagardio, Revue nationale, 10 octobre 1863.
solez-vous, monsieur, de n"avoir jamais vécu dans la familiarité de M. de Vigny, ajoutait un de ses malins confrères de l'Académie; personne n'y a vécu, pas même lui ^ » De même, un de ses plus intimes confidents avoue que « la familiarité avait pour lui quelque chose de trivial et presque d'ignoble par où elle le blessait. Ses amis ont connu le charme et l'abandon spirituel de son intimité; mais il est vrai qu'en général il s'enveloppait d'une haute réserve comme d'une armure d'acier poli contre les bas contacts des hommes, et je crois bien qu'il gardait encore son armure quand il était seul pour se défendre de la familiarité de vulgaires pensées ^. »
La foule affairée des démocrates égalitaires passait, disant avec dédain : « Décidément, sa distinction manque de bonhomie ! » La grossièreté des gens superficiels ne voit pas plus loin. « Il portait visible en toute sa personne, observe un fidèle des mauvais jours, l'empreinte de la tristesse, du découragement, d'une sorte d'amertume lointaine envers la destinée ; on sentait en lui plusieurs ambitions trompées. Il supportait sans doute ces déceptions avec une grande noblesse, avec une fierté de gentilhomme pauvre et de génie méconnu, mais qui n'était pas sans raideur d'attitude ^. » De ce pathétique portrait la malveillance de Sainte-Beuve n'a retenu qu'un trait ironique : « l'ironie de l'ange dont la lèvre a bu du vinaigre* ». Avec plus d'équité Lamartine disait : « C'était un de ces hommes sans tache qui se