‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 158 sur 199 · Nouveaux Lundis · texte numérisé non relu

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placent sur l'isoloir de leur poésie pour éviter le coudoiement des foules. »

Sous ces airs distants, derrière cette attitude hautaine, en dépit de toute cette raideur, Vigny demeurait en réalité un tendre : le cœur de Stello avait beau se contraindre, il battait toujours sous la grande redingote par trop boutonnée du Docteur Noir. « Il n'y a pas d'homme qui ait le droit de mépriser les hommes, disait-il; je n'ai pas rencontré un homme avec lequel il n'y eût pas quelque chose à apprendre. » « Si un homme me paraît un modèle parfait d'une grande et noble faculté de l'âme et que Ton vienne m'apprendre quelque ignoble trait qui le défigure, je m'en attriste, sans le connaître, comme d'un malheur qui me serait personnel, et je voudrais presque qu'il fût mort avant l'altération de son caractère. » Et plus tendrement encore : « Quand j'ai le malheur d'analyser les cœurs de ceux qui m'entourent, je me sens prêt à mourir de désespoir, l'effroi me prend comme si j'étais seul au monde, comme le dernier homme... Oui, lorsque j'ai eu le malheur de faire cette analyse funeste, je m'en confesse à moi-même, comme d'un péché, d'un crime véritable, et je ne m'en absous pas '. »

Quel supplice donc, en s'avançant dans la vie, lorsqu'on a trop demandé à l'humanité en voulant tout lui donner, de ne trouver à la place de cette parfaite amitié que l'on rêvait comme « la seconde chose de la terre » que « la tiédeur insupportable des demi-caractères, des ébauches de vertus et de vices, des amours irrésolues, des haines mitigées,

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