Correspondance
il avait beau envier la rapide élévation de « ces héros candides et pauvres comme Marceau, Desaix et Kléber, jeunes gens de vertu antique »; il avait beau même écrire « avec une amère tristesse » : « Nous n'osions quitter l'épée dans la crainte que le jour de la démission ne devînt la veille d'une campagne. Nous traînâmes et perdîmes ainsi des années précieuses, rêvant de champs de bataille dans le Champ de Mars et épuisant dans des exercices de parade et dans des querelles particulières une puissante et inutile énergie. L'armée nous semblait un corps sans mouvement. Nous étouffions enfermés dans le ventre de ce cheval de bois qui ne s'ouvrait jamais dans aucune Troie'. » L'humble vérité, à notre avis, c'est que, dupe de son imagination surchauffée, ce doux « jeune homme du monde aux formes grêles ^ » n'avait pas plus pour la double endurance du soldat les aptitudes physiques que les aptitudes morales.
Lorsqu'il se décrit quelque part, non sans quelque vague complaisance, « si jeune », « rose et blond, marchant à pied sur la route à la tète de ses vieux soldats, chantant Joconde à pleine voix, très fier et très heureux^ », il ne faut pas oublier que le pauvre