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278 ALFRED DE VKÎNY
Si ton corps, frémissant des passions secrètes, S'indigne des regards, timide et palpitant; S'il ctierche à sa beauté de profondes retraites Pour la mieux dérober au profane insultant; Si ta lèvre se sèche au poison des mensonges...
Pars courageusement, laisse toutes les villes; Ne ternis plus tes pieds aux poudres du chemin : Du haut de nos pensées vois les cités serviles Comme les rocs fatals de l'esclavage humain. Les grands bois et les champs sont de vastes asiles, Libres comme la mer autour des sombres iles. Marche à travers les champs une fleur à la main.
La Nature t'attend dans un silence austère '.
Douce, pacifiante, sereinement consolatrice appait dès r endolori
rut dès l'abord Tauguste mère des hommes à ce fils
Silence des rochers, des vieux bois et des plaines. Calme majestueux des murs noirs et des tours, Vaste immobilité des ormes et des chênes, Lente uniformité de la nuit et des jours! Solennelle épaisseur des horizons sauvages, Roulis aérien des nuages de la mer-...
Dans l'enchantement de sa jeunesse l'auteur de Cinq-Mars avait déjà rêvé sur les bords de la Loire de choisir une demeure « pour oublier les hommes auprès d'un être bien-aimé^ >>; voici que dans l'accablement de sa maturité un deuil cruel lui en offrait une à souhait au fond des Charcutes. Là, dans un frais vallon de l'Angoumois tout ombragé de vieux
1. Du début de ce fameux passage de La Maison du Berger nous n'avons pas cité ici les plus beaux vers peut-être, mais les plus autobiographiques; l'allusion aux sentiments personnels de Vigny et aux événements de sa vie perce presque en chacun d'eux.