‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 164 sur 199 · Correspondance · texte numérisé non relu

Correspondance

282 ALFRED DE VIGXY

lire et écrire quand on veut régner et gouverner dans son pays. » « J'ai donc entrepris de civiliser la ville de Blanzac : je n'ai pas encore réussi par les yeux puisqu'elle ne veut pas avoir de bibliothèque publique; je vais essayer de la prendre par les oreillesK » Non sans peine, en eflet, TAcadémicien en villégiature tenta de faire jouer Esiher par les écolières et les institutrices de la bourgade voisine, Blanzac. Tentatives littéraires et agricoles ne réussirent pas mieux que les tentatives électorales. Force fut donc de restreindre au seul entourage immédiat toute influence éducatrice : le dimanche soir, dans la salle à manger, autour de la table desservie, le bon châtelain s'avisa de faire à ses cinq ou six domestiques assemblés quelque belle lecture empruntée à ses propres ouvrages. « Ah! le bon monsieur! quel bon cœur! disait encore trente ans plus tard une vieille servante; hommes ou femmes au Maine, c'est à qui se serait jeté au feu pour lui ^. » La pire conséquence de ces échecs successifs, de ce refoulement sur soi-même fut peut-être le redoublement d'indolence et de désillusion qui en résulta pour le poète. Peu à peu l'engourdissement du désœuvré s'empara davantage de ce désabusé et en accrut le marasme. « Il est doux de se croire malheureux, a dit Obermann, lorsqu'on se sent vide et ennuyé. » Chaque jour le poète lisait Le Constitu-

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