Revue de Paris, 15 sept
2. Léon Séché, Alfred de Vigny et son temps, 338-356. Les renseig-nemenls sur la vie de Vigny au Maine-Giraud, qui ne proviennent point du dernier chapitre de ce livre, sont empruntés au Journal et à la Correspondance, et ont été complétés par quelques renseignements personnels, dont une photographie donnée par le propriétaire actuel, M. Ducloud.
tionnel qu'il couvrait de notes copieuses : les liasses accumulées dans les vieux placards servirent pendant des années à allumer le feu du manoir. En « étudiant perpétuel », il s'abandonnait, un peu à l'aventure, à la lente méditation de longs ouvrages hétéroclites, qu'il empruntait à la bibliothèque publique d'Angoulême : « Je ne peux plus lire que les livres qui me font travailler, disait-il. Sur les autres ma pensés glisse comme une charrue sur du marbre. J'aime à labourer '. » Avec une complaisance ingénue, non sans quelque fierté à la fois nobiliaire et littéraire, il compulsait ses vieux parchemins de famille, prolongeant jusque dans la plus lointaine antiquité de douteuses généalogies d'ancêtres ou bien imaginant de nouveaux Cinq-Mars où sur ses propres terres s'évertueraient ses héroïques aïeux.
Dans le caveau des miens plongeant mes pas nocturnes,
J'ai compté mes aïeux, suivant leur vieille loi.
J'ouvris leurs parchemins, je fouillai dans leurs urnes
Empreintes sur le flanc des sceaux de chaque roi.
A peine une étincelle a relui dans leur cendre.
C'est en vain que d'eux tous le sang m'a fait descendre;
Si j'écris leur histoire, ils descendront de moi.
Rares étaient les distractions : correspondance intermittente, insipides visites de voisins, bienvenus envois de livres, inquiétantes ou irritantes préoccupations de santé ou d'affaires.
Avec le soir toutefois venait l'heure solennellement attendue : quittant sa femme assoupie et toute la maison en repos, d'un pas qu'alourdissaient les ans, le poète montait, grave, par l'étroit escalier en