Correspondance, 185, 183, 294; Journal
« Voyager, dites-vous ? Que signifie le voyage? Quand ^ même je serais transporté tout à coup à Fîle Hong- Kong ou à Grenade, que ferais-je? Un coup d'oeil me révélerait lout le pays, un coup de crayon m'en conserverait l'aspect. Puis, ce moment passé, je reprendrais mes rêves de philosophie, mes extases de poésie, mes songes de métaphysique... Quelle contrée attirerait mes regards au point de les détourner du ciel, et le ciel n'est-il pas partout? Assieds-toi donc, lève \/ la tête au ciel, et pense. » « Tous mes voyages à moi se font dans l'intérieur de mon front. » « Je suis comme un dieu Terme, les pieds dans la terre, enfoncés jusqu'aux genoux, mais la tête ailleurs, je l'avoue, quelquefois tout près du Ciel*. « Tristement vieillissait ainsi le pauvre Moïse, tout éperdu en cette « solitude toujours plus vaste et plus aride », « où l'âme en face d'elle-même est seule et délaissée » ; et, comme son Jésus de Gethsémani, seul à veiller sous un ciel noir, il se demandait avec angoisse :
Pourquoi l'àme est liée en sa faible prison. Et pourquoi nul sentier entre deux larges voies, Entre Tennui du calme et des paisibles joies Et la rage sans fin des vagues passions, Entre la léthargie et les convulsions '-.
Pas plus en pleine campagne qu'en pleine capitale Vigny n'était donc heureux : car pas plus au Maine- Giraud qu'à Paris il ne menait une saine existence normale. « La vie me lasse et ne me donne de plaisir ^ nulle part, » gémit-il ^ Comment en eût-il été autre-