III. — Inspiration extatique
Pour bien comprendre cette véritable « infirmité » mentale de Vigny, l'étude des fâcheuses circonstances de sa vie ne suffit pas encore, pas plus que l'examen de sa philosophie désenchantée; il faut aller plus loin : il faut, par delà le superficiel conflit de l'être conscient avec les réalités terrestres, pénétrer jusqu'au fond de cette intime sensibilité où tout naît et s'élabore; il faut, dans la pénombre de l'inconscience, distinguer les obscurs tâtonnements de la création poétique, ce que Vigny appelle « les troubles profonds », à la fois « souffrances ^ » et jouissances, d'une inspiration morbide. Sans doute, « l'examen a sa mesure et l'analyse a ses bornes », a dit l'aristocratique rêveur, hostile à toute indiscrétion psychologique-. « Dieu seul et le poète savent comment naît et se forme la pensée; les