‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 182 sur 199 · Préface de Chatterton, Théâtre · texte numérisé non relu

Préface de Chatterton, Théâtre

2. Stella, 263 ; Journal, 80. « 11 ne faut disséquer que les morts, » reproche-t-il à Sainte-Beuve, qui avait cherché, en analysant son

hommes ne peuvent ouvrir ce fruit divin et y chercher l'amande. » Mais, cette interdiction ne s'appliquant, dit-il, qu'aux « morts », le Journal du Poète et sa Correspondance sont là qui nous oflrent, avec « la confidence de ses hésitations, « ce «. pourquoi de soi-même » qu'il chercha toute sa vie.

La rêverie, voilà pour Vigny, comme pour la plupart des poètes, l'état poétique par excellence ; Stella et Chatterton l'ont assez répété, et lui-même le proclama en pleine Académie : « Le travail du poète, c'est la rêverie ». Mais quelle rêverie? une rêverie aussi intense que continue, " d'interminables rêveries », « des inventions infinies ' ». '< Ce qui se rêve est tout pour moi », dit-il. « La voix de ma pensée (« la voix qu'il faut aimer et craindre », dit La Flûte) se fait entendre si haut que le bruit extérieur ne l'étouffé pas; le travail de mon âme parle fort et toujours. Je marche lentement à travers les rues, parce que mon corps écoute mon cerveau qui parle sans interruption, mon cerveau immobile qui travaille et tourbillonne avec une vitesse effrayante. L'imagination m'emporte vers les suppositions délicieuses et impossibles-. '> De là, cet étrange état d' (' immatérialité la plus complète », de « perpétuelle hallucination séraphique », de « somnambulisme » qui étonnait si fort des contemporains tels qu'Alexandre Dumas et Sainte-Beuve ^ De là aussi

œuvre dans la Revue des Deux Mondes de 1835, « à ouvrir le cerveau d'un vivant ». Lettre à l'éditeur Charpentier, 13 décembre 1859; Journal, 201.

Page 1