‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 24 sur 199 · Ern. Dupuy, op. cit · texte numérisé non relu

Ern. Dupuy, op. cit

commandant même, et me parlait à l'oreille de poésies et d'émotions divines nées de l'amour, de la philosophie et de l'art... L'état de somnambulisme (remarque singulièrement caractéristique) où me jette en tout temps la poésie passa quelquefois pour du dédain de ce qui m'entourait... » « Je portais la petite Bible que vous avez vue dans le sac d'un soldat de ma compagnie (c'était d'ordinaire Pauthier de Censay le futur sinologue). J'avais Eloa, j'avais tous mes poèmes dans ma tète; ils marchaient avec moi par la pluie de Strasbourg à Bordeaux, de Dieppe à Nemours et à Pau; et, quand on m'arrêtait, j'écrivais. J'ai daté chacun de mes poèmes du lieu où se posa mon front. » « J'étais lieutenant de la Garde royale, en garnison à V^ersailles, ajoute-t-il, lorsque je fis une assez mauvaise tragédie de Julien V Apostat. Telle qu'elle était, je la montrai à M. de Beauchamp, qui avait fait quelques livres d'histoire. Après avoir entendu le préface et le premier acte, il me serra vivement la main et me dit : « Souvenezvous de ceci : à dater d'aujourd'hui vous avez conquis votre indépendance* ». Grave parole que ne pouvait oublier un poète si désireux de l'entendre.

En présence de pareils « encouragements », tous les loisirs que le jeime officier s'efforçait, sous forme de congés ou autrement, de dérober à la routine de la vie militaire ne pouvaient longtemps suffire à la pleine satisfaction d'une vocation poétique chaque jour plus impérieuse, parce qu'elle était la vraie. •< Je crois fermement, dit Stello^, en une vocation ineffable qui me fut donnée. » Il fallait au senti-

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