‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 25 sur 199 · Correspondance, 46, 9; Journal · texte numérisé non relu

Correspondance, 46, 9; Journal

mental rêveur, plus épris de prosodie que de stratégie, incapable de « lire deux Harmonies de Lamartine sans sentir des larmes dans ses yeux ' », il lui fallait à tout prix un milieu favorable au culte absorbant de rintolérante « religion des lettres », un sanctuaire propice où sa foi inquiète pût s'affirmer en manifestations publiques, et se fortifier d'approbations enthousiastes, il lui fallait Paris. « Voilà, répondit-il à de chaudes félicitations de Lamartine, voilà de ces échos qu'il est doux d'entendre répondre à sa voix! Je ne puis trop vous remercier de m'avoir laissé suivre la trace de vos émotions : j'ai besoin d'être raffermi pour croire en moi-même-. » Aussitôt libéré du joug militaire, Vigny vint donc définitivement se fixer dans la capitale, d'abord rue de la Villel'Évêque.

C'était justement l'heure fameuse où, dans le salon de Charles Nodier, à la Bibliothèque de l'Arsenal, et par l'intermédiaire du Conservateur littéraire (1819-1822) et de la Muse française (1823- 1824), s'organisait le « Cénacle » de l'École Romantique. « 11 se trouva, dit ce premier venu d'entre eux, quelques hommes très jeunes alors, épars, inconnus l'un à l'autre, qui méditaient une poésie nouvelle. Chacun d'eux dans le silence avait senti sa mission dans son cœur. Lorsqu'ils se virent mutuellement, ils marchèrent l'un vers l'autre, se reconnurent pour frères et se donnèrent la main'. » Dès l'aube de cette

1. Journal, 67, 118. •< Il y a en général dans tous ses ouvrages, écrit-il à Victor Hugo, une verve de cœur, une fécondité d'émotion qui le feront toujours adorer. » (fiorr., 0.)

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