Revue de Paris, 15 avril 1906, p
3. " Cette image du cygne, dit Sainte-Beuve, volontiers employée
Le « séraplîique » objet d'un pareil culte ne pouvait évidemment qu'être ému de pitié pour un adorateur si humblement prosterné : « Merci, cent fois, cher ami! écrit le digne frère de Tarchang-e Eloa. Consolateur! puissiez-vous être consolé! Je vous écris les larmes aux yeux et ne sais vraiment quel éloge vous donner. Tout mon cœur est pris par votre émotion profonde, vous êtes un poète et cependant un homme. Vos gémissements sont harmonieux et admirables; mais ce sont des gémissements encore et, comme vous me parlez ma langue, j'entends et je souffre avec vous, parce que, à travers vos sourires consolateurs, on devine, on sent encore la tristesse toute vivante, toute poignante en vous; j'ai envie de vous rendre les douces espérances que vous donnez à vos amis. Que je suis fier de revoir ce chant angélique qui porte mon nom ! A présent je vais relire tout le livre avec ma tète, si je puis, et plus tranquillement. Mais vous me troublerez encore. Que vos vers sont parfaits! où se prendront vos ennemis, où est une pâture là dedans? En vérité, je ne le sais pas. J'irai vous voir et vous embrasser bien tendrement*. »
Dès lors, non content de « célébrer » lui-même en prose comme en vers les beautés de Moïse et d'Eloa, Sainte-Beuve, « ce plus aimable des hommes », Sainte- Beuve, « le plus officieux des servants », réchauffe l'ardeur d'autres « critiques de bonne volonté », du bibliophile Jacob (Paul Lacroix), par exemple, et de Charles Magnin, qui consacre dans le Globe du
par Vigny dans ses vers, était son propre emblème et revenait involontairement à la pensée en le lisant. » (Nouveaux Lundis, 411.) 1 . Correspondance, 37.
21 octobre 1829 un élogieux article aux Poèmes de Vigny. Un poète romantique pouvait-il, en présence de tant de zèle, demeurer à court d'éloges? Oh ! que non pas. Vigny ne trouve point seulement « beau », « d'une admirable justesse », étant « une douce et forte et grave étude », le Tableau de la Poésie française auXVP siècle (« Oui, vraiment je ne peux quitter votre ouvrage que pour en parler et aller dire à tout le ïnonde : « Avez-vous lu Baruch? ») : ce qui était en somme fort excusable en dépit de Texagération et de l'erreur fondamentale. Il ne déclare point seulement « haut », « plein d'une onction et d'une sensibilité qui enchantent », l'article de la Revue de Paris sur les Larmes de Racine (« Vous avez vraiment créé une critique haute qui vous appartient en propre, et votre manière de passer de l'homme à l'œuvre et de chercher dans ses entrailles le germe de ses productions est une source intarissable d'aperçus nouveaux et de vues profondes ») : ce qui est encore à coup sûr fort légitime. Mais il proclame « adorables », « angéliques », « parfaits », « vers de poète », « d'un poète qui ne périra jamais », « aussi haut que les plus hauts », doué qu'il est de « plus que du talent », oui, de « génie », quoi donc? les pénibles et lamentables et éminemment prosaïques éjaculations de Joseph Delorme et des Consolations, y compris les Rayons Jaunes ^'^
Que faut-il penser d'un pareil langage? Écoutez l'aveu d'un exalté d'alors venu plus tard à résipiscence : « Dans ces temps-là, dit-il, la simple admiration était trop peu de chose. Il fallait s'exalter,