‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 30 sur 199 · Bévue de Paris, 15 août · texte numérisé non relu

Bévue de Paris, 15 août

bondir, frémir; il fallait s'écrier avec Philaminte :

On n'en peut plus, on pâme, on se meurt de plaisir.

Ce n'étaient qu'interjections fortement exprimées, extases plus ou moins sonores '. » Voulez-vous plus bel exemple encore de si inlassable renchérissement? Écoutez Vigny, si grave d'ordinaire, si mesuré apparemment : « Je m'étonne souvent, écritil à Sainte-Beuve à propos de son Tableau de la Poésie française, que lorsqu'il paraît de ces sortes de livres il ne se fasse pas un grand cri de toute la France, comme d'un seul homme qui dirait : « Ah! c'est cela! enfin! » ou quelque chose de ce genre : « Quels vers parfaits ! » après avoir lu vos vers à la Rime ou votre rondeau Bonsardelet... Je m'enferme avec vous, ou bien je vous emporte sous une allée, ou je marche tout seul, et je frappe sur le livre et je jette des cris de plaisir à me faire passer pour fou ^. » Philaminte n'eût certes pas mieux dit : car Philaminte, n'étant point romantique, était moins sincère. Il y eut alors, à n'en pas douter, un délire romantique, tout comme il y eut une folie révolutionnaire, la seconde crise étant, à vrai dire, infiniment moins grave que la première, puisqu'elle fut tout à la fois moins contagieuse et moins violente. Tandis que la fureu r politique déchaînait les pires passions de haine et les plus cruels instincts sanguinaires, la fièvre poétique ne s'en prenait guère qu'à l'imagination et au sentiment qu'elle exalta parfois du reste non sans beauté ni sans noblesse; mais elle aussi eut ses

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