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DEBUTS LITTERAIRES 6o
ma vie ■■. » Jusqu'en pleine tourmente romantique Vigny cultivait donc aussi pieusement en son cœur la beauté morale qu'en ses œuvres toutes les beautés littéraires.
Le romantisme n'influa pas moins cependant sur le génie que sur Fexistence de Vigny. Tout comme l'épidémie guerrière sous l'Empire, l'épidémie littéraire sous la Restauration s'était rapidement emparée de son impressionnable personnalité de poète : ce fut une nouvelle crise, une crise durable cette fois, de son âme enthousiaste. Tandis que, faute de trouver en sa nature trop peu vigoureuse un milieu favorable, la première contagion ne l'avait guère atteint que dune manière superficielle et partant éphémère, la seconde devait, au contraire, longuement persister en ses conséquences profondes, parce qu'en son instable sensibilité, tour à tour exaltée et déprimée à l'excès, elle rencontrait précisément un fonds morbide analogue à ce mal du siècle qui est sa propre essence. Sous la surexcitante influence de cette fièvre régnante, le frêle Vigny put, en la fleur de son âge, au grand étounement de ceux qui le connurent plus tard, prodiguer ses faibles forces dans l'agitation publique de son exubérante école comme dans les exaltations nocturnes de sa vie privée; de là, ses poèmes, ses drames, ses romans. Dès maintenant, toutefois, les plus perspicaces d'entre ses rivaux, Sainte-Beuve, par exemple, savent prévoir l'heure où, son inspiration tôt épuisée, il devra, loin de toute mêlée publique, s'abandonner au précoce marasme de l'impuissance et du découragement. Il lui faudra alors, par un revirement commun
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à toutes les natures excessives, fatalement substituer ou plutôt fragilement allier à sa primitive religion de l'enthousiasme une non moins logique religion du désespoir; seule la base morale ne changera jamais.