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CHAPITRE III

Une vingtaine de poésies : Poèmes (1822) ', Poèmes antiques et modernes (1826) ; un roman historique : Cinq-Mars (1826) ; deux trios de récits : Stello (1832) et Servitude et Grandeur militaires (1835) ; cinq pièces de théâtre, dont deux traduites de Shakespeare : Shylock (1828) et Othello (1829), et trois originales : la Maréchale d'Ancre (1831), Quitte pour la Peur (1833) et Chatterton (1834), voilà la floraison de ces treize années de fécondité.

1. Alors que les Méditations de Lamartine parurent en 1820 avec le succès que Ton sait, les Poeiufs de Vigny, en 1822, n'attirèrent guère l'attention. Ce premier volume in-S" contient en une première partie les trois chants d'Héléna et. en une seconde, Poèmes ANTIQUES : la Dryade, Syinétha, le Somnambule; Poèmes Judaïques : la Fille de Jcphté, le Bain d'une Dame romaine, la Femme adultère; Poèmes modernes : la Prison, le Bal, VOde au Malheur. Lorsque parut en 1829 une troisième édition des Poèmes antiques cl modernes qui contenait à la place A^Hêléna et de VOde au Malheur, Madame de Souhise, le Bain d'une Dame romaine et la Frégate « la Sérieuse »,

L'éclosion fut tout d'abord pénible. De ces vingt poésies, « l'élite de mes créations ' », comme les désigne Fauteur en sa Préface, plus de la moitié n'est que pastiches, essais ou fragments : c'est assez dire que chez peu de grands poètes la préparation technique fut, sinon plus tardive, du moins plus lente et plus laborieuse. Vigny ne fut, du reste, jamais un virtuose, tant s'en faut : jusqu'en ses meilleures œuvres, l'exécution, loin d'atteindre à une maîtrise parfaite, égale rarement la conception. Par contre, s'il fut souvent imitateur, plus souvent encore il fut initiateur : aussi a-t-il raison d'affirmer qu' « en cette route d'innovations l'auteur se mit en marche bien jeune, mais le premier », « Leur date de naissance, écrivait-il à Sainte-Beuve, est leur unique mérite et ma seule excuse '. » On a minutieusement recherché eu ces derniers temps tout ce qu'en ses débuts le poète a dû, pour la forme surtout, à Delille, à André Chénier, et plus particulièrement à Millevoye, et, pour l'inspiration comme pour la forme, à Chateaubriand, à Byron, à Milton et par delà à la Bible ^, Mais ce qu'on n'a peut-être pas encore assez

Vigny écrivit en avant-propos : » Ces poèmes viennent d'être réimprimés, et voilà qu'on les imprime encore peu de jours après. Lorsqu'ils parurent il y a neuf ans [il faut lire sept ansl, ils furent presque inaperçus du public. C'est bien peu de chose qu'un livre comme celui-ci: mais, s'il plaît aujourd'hui, c'est qu'alors il étonna. » Or de janvier à février les Orientales venaient d'avoir quatorze éditions.

1. A propos de ses autres Juvenilia non publiés, Vigny écrit en son Journal (p. 27) : « Étant malade aujourd'hui, j'ai brûlé, dans la crainte des éditeurs posthumes : une tragédie de Roland, une de Julien l'Apostat et une d'Antoine et Cléopdtre, essayées, griffonnées, manquées par moi de dix-huil à vingt ans ».

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