‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 47 sur 199 · ALFRED DC VIGNY · texte numérisé non relu

ALFRED DC VIGNY

adversaire acharné du dogmatisme fanatique de Joseph de Maistre, Vigny ne cherche de solution qu'en son moi conscient dont il fait la mesure de toute chose; déchirant tout pacte céleste, ce sceptique contempteur d'une création où s'étalent le mal et le malheur humilie toute loi divine devant la seule loi humaine. Déjà même l'ironie de ces vers et surtout l'imprécation du dernier ne trahissent-elles pas l'hostilité naissante d'une fière solidarité humaine à rencontre de tout égoïsme religieux né de la peur?

Prie, et seul, sans songer au destin des mortels, Tiens toujours tes regards plus haut que sur la terre... \h\ louons l'Eternel : il punit, mais rassemble... De ton lâche salut je refuse l'exil.

Bien plus, l'énigmatique silence de la divinité :

Et l'arc-en-ciel brilla, tout étant accompli,

en réponse au cri si plein d'abnégation, au « dernier cri du dernier des humains » :

llecevez-là, mon père, aux voûtes éternelles,

ne semble-t-il pas dès maintenant provoquer le silence rebelle de l'homme plus tard muet à son tour au Mont des Oliviers'l En cette première période la Nature toutefois apparaît souriante encore à celui qui bientôt ne verra plus en elle que l'insensible instrument des malédictions divines :

La terre était riante en sa (leur première... Et la beauté du monde attestait son enfance... Comme la terre est belle en sa rondeur immense!

Et pourtant, quatre vers expriment déjà en leur si simple majesté toute cette mélancolie des aurores

qui ne tardera pas à étreindre si fort le cœur du poète désolé :

Le soleil, dévoilant sa figure agrandie, S'éleva sur les bois comme un vaste incendie; Et la terre aussilùt, s'aj^nlant longuement, Salua son retour par un gémissement'.

A cette croissante hantise du mal Vigny échappe quelque peu en un romantique poème d'amour et de mort, Doloricla (« écrit en 1823, dans les Pyrénées »), curieux mélange de fade mièvrerie et d'énergique passion, de superficielle couleur locale et de pathos mélodramatique, où s'amalgament étrangement les apports disparates de Théocrite et de Byron, de Delille, de Millevoye et d'Emile Deschamps "-. Par delà les réalistes Espagnes de Mérimée, le romantisme naissant de Vigny s'achemine un moment vers les truculentes Castilles de Victor Hugo et de Théophile Gautier, vers les conventionnelles Anda-

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