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CHAPITRE IV

CiNQ-MARS

Dès le lendemain d'Eloa, du Délaye et de Dolorida également datés de 1823, la production poétique de Vigny se ralentit brusquement; il ne produit plus durant les onze années qui suivent que six poèmes qu'on peut classer parmi les plus impersonnels de son œuvre : le Cor en 1825, Mademoiselle de Soubise et la Frégate « la Sérieuse » en 1828, la Neige et les Amants de Monlmorencg en 1830, Paris en 1834. Vigny n'avait donc pas vingt-sept ans qu'en lui tarissait déjà l'inspiration lyrique; la prose devenait le langage naturel de sa raison apaisée. « L'Amour chante, va dire Stello; mais la Raison parle '. »

Vigny nous a lui-même complaisamment exposé la genèse de cette première œuvre de prose. Très tôt, à l'en croire, l'histoire avait captivé son attention. « Mes études historiques, dit son Journal, furent poussées fort avant dès l'enfance. On ne se contentait pas des études du collège; et moi, éternel et ardent questionneur, je ne cessais, le soir, au retour de la pension de M. Hix, de venir obséder

mon père de questions sur les personnages dont je savais vaguement les grands noms. Les mémoires m'étaient permis alors et jetés comme réponse pour se défaire de mes questions... Après avoir lu les Mémoires du Cardinal de Retz, il me vint dans l'esprit d'écrire l'Histoire de la Fronde. J'avais quatorze ans. C'était fort mauvais, certainement, et je déchirai cela depuis; mais j'en conservai la mémoire la plus minutieuse des faits de cette époque, et cette première passion de curiosité historique me laissa des personnages que j'aimais un souvenir pareil à celui que l'on a des hommes qu'on a connus dès l'enfance. Il me sembla depuis acquitter une véritable dette d'amitié lorsque j'écrivis Cinq-Mars et peignis l'abbé de Gondi... Il me restait un regret : c'était de n'avoir rien créé d'assez large pour être comparable par la composition aux grands poèmes épiques... Eu 1824, à Oloron, je composai entièrement et écrivis sur une feuille de papier le plan entier de Cinq-Mars. Il n'y a pas de livre que j'aie plus longtemps et plus sérieusement médité. Je ne récrivais pas, mais partout je le composais, et j'en resserrais le plan dans ma tète... J'attendis mon retour à Paris pour faire les recherches qui m'étaient nécessaires, et ce ne fut qu'en 1826 que je me mis à écrire le livre d'un bout à l'autre, et, comme on dit, d'une seule encre. » « Cinq-Mars fut écrit dans un congé que j'avais, ajoute-t-il ailleurs, et il me fallut une prolongation pour corriger les épreuves '. » Il en fallut même plusieurs : le jeune capitaine du 55% après un congé du 3 février au 6 juin 1824, s'en fit

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