Cinq-Mars, I, 32; II. 24, 121, 293, oO
" Ah ! courtisans, prédira plus tard la Maréchale d'Ancre, ah ! vous avez mêlé le peuple à nos affaires; il vous mènera loin. >• Et Picard ajoute, en effet : « Nous ne mettrons plus la main à vos querelles, s'il nous est loisible, que pour vous faire taire tous. - (Théâtre, 198, 206.)
qu'il en arrive, comme ses amis les émigrés, à sacrifier la cause même de la patrie. Mais il est incontestable — et ceci est moins la faute de Richelieu, à vrai dire, que celle de ses successeurs — que la monarchie française commit, en asservissent les nobles, la même faute que plus tard la démocratie française, en les excluant : toutes deux ont également corrompu une classe sociale en la condamnant à Tinaction. Une nation sage, l'Angleterre, par exemple, sait, en sa clairvoyance et sa tolérance, faire conspirer toutes les forces nationales à la grandeur du pays; elle ne crée pas plus l'anarchie par une opposition systématique que l'inertie par une servitude dégradante K
Il va de soi que les faits historiques démentent outrageusement le paradoxe politique de Vigny. Vigny le sait 'mieux que personne, mais il n'en a cure. Sans doute, il lui est bien arrivé d'écrire au sortir de ses recherches érudites : « Ce qui fait l'originalité de ce livre, c'est que tout y a l'air d'un roman et que tout y est histoire » ; à la longue, détrompé par la majorité des critiques qui lui reprochent « la hardiesse dans laquelle son imagination s'est jouée des personnages les plus graves qui aient jamais
1. Si l'on veut bien songer que des écrivains contemporains tels que M. Paul Bourget et M. René Bazin ont repris la même thèse, on reconnaîtra à l'œuvre de Vigny un véritable intérêt d'actualité. Au fond Vigny n'eut sans doute dans Cinq-Mars comme dans Stella (pour Gilbert, Ghénier et Chatterton) que le tort de mal choisir ses exemples. Les déformations historiques lui sont imputées comme erreurs de logique. En réalité, la question politique est éternelle, et partant plus ou moins pressante selon les temps : une nation n'a-t-elle pas toujours besoin d'une aristocratie ? et, quand elle en a une, ne ferait-elle pas mieu.v de l'utiliser en la réformant au besoin que d'en improviser d'autres à l'aventure ?
vécu^ »,il se ravise et prend hardiment son parti, il se déclare plus artiste et plus poète qu'historien. Son fier idéalisme brave dès lors tout aussi intrépidement les plus flagrantes contradictions de la science du passé que les plus évidentes affirmations de Texpérience du présent; et, prenant une habitude qui lui demeurera chère, son esprit systématique érige en principes d'une théorie générale les pratiques spontanées de son art idéaliste; de là, ce manifeste littéraire, Réflexions sur ta Vérilé dans Farl, qui sert de préface à Cinq-Mars et explique, on peut le dire, toute son œuvre, prose et poésie : a L'idée est tout », dit-il maintenant de l'histoire, comme plus tard il dira du poème : « L'idée est l'héroïne- ». « La Vérité de la Muse est plus belle que le Vrai. » « A quoi bon les Arts, s'ils ne sont que le redoublement et la contreépreuve de Texistence? » « L'art ne doit jamais être considéré que dans ses rapports avec la beauté idéale. Il faut le dire, ce qu'il y a de vrai n'est que secondaire... La vérité dont il doit se nourrir est la vérité d'observation sur la nature humaine, et non Yauthenticité du fait. » Bien plus, la légende traditionnelle vaut mieux que la vérité prouvée : car « le fait adopté est toujours mieux composé que le vrai, et n'est
1. Journal, 34; Préface de Cinq-Mars, I, 7. « C'est un tour de force dont on ne sait pas gré, ajoute-t-il dès lors, et qui, tout en rendant la lecture de l'histoire plus attachante par le jeu des passions, la fait suspecter de fausseté et quelquefois la fausse en eiret. »