De VAllemagne, II
excellence, celui d'écrire pour le bonheur des hommes ». — En donnant libre essor à toutes les chimères politico-sociales, la Révolution de 1830 apparut aux poètes comme l'aurore promise. Ballanche assigne à de nouveaux Orphées et à de modernes Tyrtées le rôle patriotique et sacré de haranguer les foules, de les affranchir de l'anarchie comme du despotisme et de les guider au son de la lyre vers l'idéal révélé à leur génie. Ce rôle sacerdotal, Lamartine le revendique d'abord en ses Destinées de la Poésie, puis l'assume en ces vingt-deux strophes Contre la peine de mort qu'il adresse directement au peuple par l'intermédiaire de cette faculté nouvelle, la presse. Hugo, qui sait que « le poète a charge d'âmes », suivra bientôt son exemple. Vigny le précède en son élévation philosophique, Paris. Enfin, dès le 30 mars 1831, il épanche dans le cœur d'un ami un peu de celte indignation contenue qui va bientôt déborder en Stello : « Les parias de la société sont les poètes, les hommes d'âme et de cœur, les hommes supérieurs et honorables. Tous les pouvoirs les détestent, parce qu'ils voient en eux leurs juges, ceux qui les condamnent avant la postérité. Ils aiment la médiocrité qui se vend bon marché, ils la craignent parce qu'elle peut jeter sa boue; mais ils ne craignent pas ceux qui planent comme ceux qui pataugent. Ha 1 quelle horreur que tout cela. Desperatio^ I » Infirmité du poète, sacerdoce du poète, ostracisme du poète, voilà bien la triple thèse de Stello.
Pour Vigny, qui se connaît si bien lui-même, le