Ibid
3. Ibid., 243. « Pourquoi ne se laisserait-on pas aller à la pente de son caractère? dit Chatterton (U, se. o). La Providence n'avaitelle pas son but en me créant? Ai-je le droit de me roidir contre elle pour réformer la nature? Est-ce à moi de démentir Dieu? »
malade pourrait-il Faccomplir, s'il n'a pas cette solitude et cette liberté indispensables au morbide enfantement de ses puissants rêves? « La Muse sait ce qu'elle doit faire; le Poète ne le sait pas d'avance. Ce n'est qu'au moment de l'inspiration qu'il l'apprend. Il doit attendre que nulle influence étrangère ne lui dicte ses paroles : elles seraient périssables ^ » Faute d'une mansarde et d'un peu de pain, le poète ne peut attendre : il meurt de faim, est abreuvé d'humiliations, jeté en prison. Faute de pouvoir adapter sa chétive personne aux impérieuses exigences de l'existence commune, il est condamné à une perpétuelle souflVance et partant à une ruine aussi précoce que fatale si la société ne lui vient en aide. Or, l'humanité entière n'est organisée qu'en sociétés également funestes à sa nature d'exception. « Des trois formes du Pouvoir possibles, la première nous craint, la seconde nous dédaigne comme inutiles, la troisième nous hait et nous nivelle comme supériorités aristocratiques. » « Ce sont nos ennemis naturels que vos beaux esprits », dit plaisamment le roi Louis XV; « la plus belle muse du monde ne peut suffire à nourrir son homme », constate platement Lord Beckford; « les poètes seront les plus dangereux ennemis de la patrie », glapit aigrement Bobespierre ; « nulle race n'est plus dangereuse pour la liberté, plus ennemie de l'égalité que celle de ces
1. SteUo,2. « Il a besoin de ne rien faire, ajoute Chatterton, pour faire quelque chose en son art. 11 faut qu'il ne fasse rien d'utile et de journalier pour avoir le temps d'écouter les accords qui se forment lentement en son àme, et que le bruit d'un travail positif et régulier interrompt et fait infailliblement évanouir. » (Chatterton, Préface, 7.) « Il ne lui faut quo deux choses : la vie et la rêverie; le Pain et le Temps. » (Ibid., 12.)
aristocrates de rintelligence ' ». « Sommes-nous donc les ilotes éternels des sociétés? » gémit le pauvre Stello. « 0 Multitude, Multitude sans nom! vous êtes née ennemie des noms!... Votre unique passion est l'égalité; et, tant que vous serez, vous vous sentirez poussée par le besoin simultané d'un ostracisme perpétuel. » « Race toujours maudite par toutes les puissances de la terre, » les poètes sont « frappés d'une réprobation universelle >.. « Ces hommes sont les plus grands et les plus malheureux aussi. Ils forment une chaîne presque ininterrompue de glorieux exilés, de courageux persécutés, de penseurs affolés par la misère, de guerriers inspirés au camp, de marins sauvant leur lyre de l'Océan et non des cachots; hommes remplis damour et rangés autour du premier et du plus misérable, comme pour lui demander compte de tant de haine qui les rend immobiles d'étonnemenl. .• « Triple divinité du ciel! que font-ils donc fait, ces Poètes que tu créas les premiers des hommes, pour que les derniers des hommes les renient, les repoussent ainsi -? » En vérité, à la fois élu et condamné, moitié prophète et moitié malade, tour à tour prêtre et victime, <' le Poète a, tout autant qu'une bénédiction sur son nom, une malédiction sur sa vie >k « Ce qu'on