‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 60 sur 199 · ma., 222, 223, 40, 229, 228. Dorison, op. cil · texte numérisé non relu

ma., 222, 223, 40, 229, 228. Dorison, op. cil

» Vous ne cessez de vanter l'intelligence, et vous tuez les fjlus intelligents. Vous les tuez en leur refusant le pouvoir de vivre selon les conditions de leur nature. » « Les hommes d'imagination sont éternellement sacrifiés; le sarcasme et la misère sont les clous de leur croix. » « Une âme contemplative est à charge à tous les désœuvrés remuants qui couvrent la terre. » {Chatterton, 4, 00, 30.)

nomme un signe crélection constitue une quasiimpossibilité de vivre '. »

Telle est donc la thèse de Stello. L'exagération romantique en paraît, de nos jours, si criante qu'il semble superflu de la réfuter. Non, le Poète n'est tout à la fois ni si malade, ni si sublime, ni si honni. Qu'est-ce que le Poète, du reste? Il n'est en ce monde de réalités individuelles que des poètes, tous en somme assez ditïérents les uns des autres; et les plus grands qui vécurent ne furent certes pas les plus morbides, pas plus que les moins heureux ne furent les plus sublimes. Le Poète n'est ici pour Vigny, comme ailleurs le gentilhomme ou le soldat, qu'un de ces types abstraits que son imagination idéaliste fait sortir des conceptions de sa propre nature pour les projeter ensuite dans l'infini de son rêve; cl, alors même qu'il prétend nous fournir des preuves concrètes tirées des vies de poètes réels, il déforme, de son propre aveu, chacun de ces exem-

1. Siello, 83, 24o. « Comme loules les formes exagérées de l'individualisme, Tidéo que riiommo supérieur esl esseiitiellemeat différent et par suite irrémédiablement antipathique à lu foule médiocre date surtout de Rousseau : " Je ne suis fait comme aucun de ceux que j'ai vus », proclament orgueilleusement les Confessions, et on sait à quelle monomanie de la persécution aboutit cette monomanie de grandeur. Cette malsaine influence a laissé sa trace chez tous ses disciples. « Celui qui s'est élevé au-dessus des hommes par le talent ou par la puissance, dit Childe Harold, doit s'attendre à trouver au-dessous de lui la haine de la foule qu'il domine. ■> « Mon roman Delphine dit à la société, conclut M'"" de Staël : ménagez davantage la supériorité de l'esprit et de l'âme; vous ne savez pas le mal que vous faites et l'injustice que vous commettez, quand vous vous laissez aller à votre haine contre celte supériorité, parce qu'elle ne se soumet pas à toutes vos lois; vous brisez des cœurs, vous renversez des destinées qui auraient fait Tornement du monde. » >< Différence engendre haine », ne cesse de répéter Stendhal.

plaires dhumanité pour les accommoder aux besoins de sa cause et aux exigences de son idéal, et cela au point de rendre chacun d'eux méconnaissable ; le Gilbert, le Chatterton et le Chénier de Siello ne ressemblent pas plus à leurs originaux, que le de Thou et le Richelieu de Cinq-Mars. Un nom propre ne fut jamais pour Vigny quun symbole. — Les revendications sociales de cette thèse demeurent, du reste, aussi vagues que ses prétentions morales et intellectuelles, tout en étant aussi exagérées. Sans doute, cet Homme Supérieur qu'est le Poète semble à Vigny comme à Carlyle doué d'une sorte de géniale « universalité d'esprit' » qui le rend apte à s'acquitter des plus hautes fonctions politiques et sociales. Vigny ne lui en conseille pas moins de s'abstenir, « de rentrer dans son silencieux travail », « d'employer toutes les forces de sa volonté à détourner sa vue des entreprises trop faciles de la vie active, parce que ce serait avilir son œuvre que de l'empreindre de ce qu'il y a de plus fragile et de plus passager dans les événements du jour »; il lui recommande de se confiner sagement en une « neutralité armée ». « La République des lettres, dit-il, est la seule qui puisse jamais être composée de citoyens vraiment libres, car elle est formée de penseurs isolés, séparés et souvent inconnus les uns aux autres ^. » « Toutes les Associations ont tous les défauts des couvents. Elles tendent à classer et diriger les intelligences, et fondent peu à peu une autorité tyrannique qui, ôtant aux intelligences la

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