CHAPITRE VI
Vigny avait déjà largement contribué à cette rénovation dramatique. Le Journal de 1824 mentionne trois tragédies : « une de Roland (en trois actes, d'après TArioste), une de Julien l'Apostat, et une ^'Antoine et Cléopâtre, essayées, griffonnées, manquées par moi de dix-huit à vingt ans » ; mais, plus ou moins conformes aux procédés classiques, il les brûla « dans la crainte des éditeurs posthumes ' ». L'idéal romantique les condamnait. Sous l'influence des critiques exagérées de Lessing et de Schlegel, à la suite de M"^" de Staël qui les résume et de Stendhal qui les aggrave, Victor Hugo, en sa Préface de Cromwell, venait, avec plus de violence que de justesse, de lancer le manifeste de la nouvelle école. Alfred de Vigny, plus sage et en littérature anglaise plus compétent que Hugo, quoique non moins dévoué au même idéal, se fit un devoir, lui aussi, de « faire entendre ses idées » : l'enonçant non sans regret à son « recueillement de poète », il asservit son inspiration à « l'art de la scène, à l'en