‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 69 sur 199 · Préface à' Othello, 276, 26o · texte numérisé non relu

Préface à' Othello, 276, 26o

Dès 1824, Vigny avait signalé dans la Muse française •< Plionorable tentatiAC •> de son cousin B. de Sorsum qui avait « traduit plusieurs tragédies de Shakespeare en prose, vers blancs et vers rimes..., système, ajoute-t-il. à jamais impraticable dans notre langue ». Ces traductions furent publiées après !a mort de leur auteur en 1826 par <]hènedollé. — Pour se rendre compte de celte alternance du récilalif et du chant dont parle Vigny, il faut voir tout particulièrement le fameux discours d'Othello au Doge. « Dans cette prière, ajoute Vigny à propos de la prière d'Yago (III, 10), dans les adieux d'Othello à la guerre, et partout où l'exaltation do l'àme élève le personnage, j'ai cherché à élever aussi le style. Dans ces morceaux, plus d'enjambements, de césures rompues, les vers marchent ii plus grands pas, ce me semble, dans ma poésie; dans celle de Shakespeare, ils volent •> (-351).

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de Loii que n"a déjà plus le vers, plus régulier cependant, de Hernaiii.

Le même caractère classique persiste, malgré tous les efforts du poète, jusqu'en son travail de traduction. Vigny a beau se moquer des libertés que prend Ducis avec Shakespeare, lui aussi est bien contraint de se faire tout à la fois adaptateur et u interprète ». « Il n'y a pas une seule bonne traduction, dit-il très justement, pour celui qui sait la langue originale... En vain, on répète le môme chant dans sa langue, c'est un autre instrument; il a donc un autre son et un autre toucher, d'autres modulations, d'autres accords, dont il faut se servir pour rendre l'harmonie étrangère, la naturaliser; mais une chose y manque toujours, l'union intime de la pensée d'un homme avec sa langue maternelle. J'ai donc cherché à rendre l'esprit, non la lettre*. » Si donc, pour le besoin de la cause romantique, Vigny ajoute çà et là quelques ornements poétiques à l'âpre sauvagerie de Shakespeare, il lui enlève bien davantage pour satisfaire à « quelques usages de la scène et à la chasteté du discours- » : toute la violence brutale d'une passion charnelle, toute l'emphase exubérante de certaines tirades, toute la mièvre préciosité de certains dialogues, toute la burlesque vulgarité de certains mots à double entente, bref toute l'outrance du vieux "Will se trouvent mainte et mainte fois ou prudemment atténuées en un langage plus abstrait et plus froid ou franchement supprimées par de hardies coupures. Vigny ne prétendait pas être, et à juste titre, plus

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