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Ib8 ALFRED DE VIGNY
anglais que les Anglais même; comme eux sur leurs propres scènes, il se résigne sur la nôtre à mainte mutilation, à bien des « adoucissements* ».
rs'empèche qu'au seul mot de mouchoir audacieusement substitué aux nobles termes de tissu et de bandeau, au cri de : « à bas, prostituée », aux premiers accords de la romance du saule, il fallut toute une cabale romantique pour vaincre les protestations indignées delà coterie classique : « lorsque je fis escalader par cet Arabe la citadelle du Théâtre- Français, dit fièrement Vigny, ce fut un scandale qui eût été moins grand si le More eût profané une église » ; ce ne fut donc que par une sorte d' « émeute littéraire », digne prélude des orageux triomphes d^Hernani, quen « ce jour de bataille » Vigny arbora en France « le drapeau de l'art aux armoiries de Shakespeare- ».
Pour notre réformateur dramatique Shakespeare n'était, à vrai dire, qu'un exemple et non un modèle. « Un imitateur de Shakespeare, dit-il, serait aussi faux dans notre temps que le sont les imitateurs à'Athalie ^ ». Ce qu'il fallait, c'était égaler, sinon surpasser, le modèle de la renaissance anglaise en une œuvre qui fût tout à la fois et française et moderne. L'idéalisme systématique de Vigny s'accommodait,
1. Préface à' Othello, 287, 267. ■. J'ai recomposé et resserré le dénouement tout entier », dit-il en particulier (405). Stuart Mill, en son article de la Westininter Beview (1839), fut le premier à rendre justice aux mérites de cette « belle infidèle », et Heine reconnaît de même que « dans cette œuvre M. de Vigny a sondé plus prolbndément qu'aucun de ses compatriotes le génie de Shakespeare ».