ALFRED DE VIGNY. H
formules, ou raides types encore plus romanesques que tragiques. Qu'est-ce, par exemple, que ce Déageant, « magistrat courtisan à figure pâle et à l'œil fixe w, sinon une faible réplique du trop fameux Laubardemont? qu'est-ce que ce Samuel Montalto, « juif de cour, pas trop sale au dehors, beaucoup en dessous », sinon une banale silhouette denfant d'Israël aussi connue que le Juif-Errant? A quoi se réduit l'âme « naïve et passionnée » de cette «jeune Italienne h, ïsabella Monti, qu'un portrait égaré et deux mots de calomnie métamorphosent inopinément en furie? A quoi se ramène la psychologie d'un Goncini, « voluptueux et astucieux Italien », sinon à Tapplication du principe idéaliste cher à Vigny : il faut le façonner « selon la plus grande idée de vice qu'on puisse avoir de lui pour donner à un personnage cette unité parfaite de conduite que nous aimons à voir dans le mal ' ». Et Borgia, « montagnard brusque et bon », n'est-ce pas le type par trop légendaire du Corse vindicatif qui, à l'aveugle fureur diine vendetta, sacrifie tout : ici, l'amour de deux femmes qu'il aime et dont il est aimé? Et la Maréchale ellemême, noble figure à coup sûr, d'une mâle énergie et d'une maternelle tendresse, « tète forte et cœur faible-»? Mais ses bizarres accès de superstition puérile, loin de diversifier sa nature, ne nous en détruisent-ils point l'harmonie, tant ils jurent avec sa constante lucidité d'esprit et avec son habituelle grandeur d'âme? Que dire de Fiesque, « bon et spirituel garçon », sinon qu'un peu de noblesse de cœur