‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 77 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

logique payait volontiers de sophismes l'instabilité native de ce poète raisonneur; le systématique Vigny, sous son aspect rigidement immuable, ne changeait que trop aisément, sinon consciemment, de système : de là, tant d'inconsistance en son œuvre comme en sa vie, ce je ne sais quoi de fuyant et d'insaisissable au fond de son être incertain. Trop diversement inspirée, trop contradictoirement guidée, sa poésie surtout n'a été que trop souvent dupe de tous ces faux-semblants d'une dialectique trompeuse.

Tout ce que notre réformateur dramatique retient maintenant de ses théories antérieures, c'est précisément la moins romantique des conceptions : « Une tragédie, disait-il, est une pensée qui se métamorphose tout à coup en machine... Les idées y sont réduites en mécaniques à ressorts dramatiques... La soirée finie, trois mille intelligences ont été remplies de vos idées. N'est-ce pas une invention merveilleuse'? » Le More de Venise était déjà à sa façon « une entreprise très désintéressée », destinée à « faire entendre des idées - » : mais des idées purement techniques, ne concernant que la forme du drame nouveau. « Avec la Maréchale d'Ancre, ajoute Vigny, j'essayai de faire lire une page d'histoire sur le théâtre. » Il y mit, à vrai dire, bien autre chose. «■ Avec Chatterton, déclare-t-il enfin, j'essaie d'y faire lire une page de philosophie ^ » Que nous voilà loin du théâtre sensationnel où, comme naguère Vigny, se complaisaient encore Victor Hugo et Alexandre Dumas!

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