Ibid
cule ' ». « Est-ce excès de force ou n"est-ce que faiblesse honteuse? Je n'en sais rien, se dit-il avec inquiétude; mais jamais je ne pus enchaîner dans des canaux étroits et réguliers les débordements tumultueux de mon esprit qui toujours inondait ses rives malgré moi... L'ennemie fatale née avec moi,... la distraction se met partout : elle me donne tout et m'ôte tout; elle charme et détruit toute chose; elle m'a sauvé, elle m'a perdu-. « Voyez-le à l'œuvre. « Me voilà seul devant mon travail... Ecris donc, malheureux; évoque donc ta volonté!... Voilà une humiliation toute nouvelle pour moi! Jusqu'ici j'avais toujours vu partir avant son maître cet esprit rebelle ; il fallait un frein ; et, cette nuit, c'est l'éperon qu'il faut... Où vais-je? où vais-je? Le mot entraîne l'idée malgré elle. 0 ciel ! la folie ne marchet-elle pas ainsi? Voilà qui peut épouvanter le plus brave ^ ! » Ainsi l'illusoire activité de rêveries déréglées a fini par épuiser en Chatterton jusqu'aux sources mêmes de la vie : « En toi, lui dit-on avec justesse, le rêve a tué l'action; ton âme te ronge le corps; ton esprit a trop vite mûri sous les ardeurs de la poésie comme en une serre brûlante ^. » En vain son corps avoue dix-huit printemps; son âme se sent vieille de « mille ans ' ». — A ses regards hallucinés la Nature n'offre plus ni beauté ni joie : elle