Ibid
5. Ibid., 28. « Ma vie a deux cents ans, dit Vigny pour son propre compte {Journal, 1824). L'imagination nous vieillit, et souvent il semble qu'on ait vu plus de temps en rêvant que dans la vie. »
est « morte devant ses yeux ' », Son cœur meurtri ne trouve plus dans Tamour qu'un nouveau supplice : « le cerveau se nourrit aux dépens du cœur- ». Son humeur misanthropique, passant du mépris de rhumanité aux idées de persécution, n'aperçoit plus en ses amis de la veille que méchants et que sots : il ne saurait « étouffer les vives indignations que donne la vue des hommes ^ ». « On me trahit de tous côtés, dit le pauvre « sanglier solitaire », je le vois, et me laisse tromper par dédain de moi-même, par ennui de prendre ma défense. J'envie quelques hommes en voyant le plaisir qu'ils trouvent à triompher de moi par des ruses grossières; je les vois de loin en ourdir les fils, et je ne me baisserais pas pour en rompre un seul, tant je suis devenu indifférent à ma vie. Je suis d'ailleurs assez vengé par leur abaissement qui m'élève à mes yeux \ » Ainsi retranché du reste des mortels, ce « malade » que « tourmente la passion de la pensée '' » se trouve condamné à Tunique contemplation de son être morbide ; et sa sensibilité pervertie n'en est que plus exaspérée : « La solitude devient un amour bien dangereux; à vivre dans cette atmosphère on ne peut plus supporter le moindre souffle étranger^. » L'impuissant <.< ouvrier en livres '' » a-t-il à contraindre à une misérable tâche qui doit être son gagne-pain sa pauvre cervelle anémiée que dans l'outrecuidance de sa personnalité