‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 86 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

exaltée il s'écrie : « 0 dégradation! ô honteux travail 1... J'ai manqué de respect à mon âme immortelle, je l'ai louée à l'heure et vendue'. » « Ame céleste- », aussi incapable de s'adapter aux plus simples devoirs de la société qu'aux plus impérieuses exigences de la vie, à charge aux autres comme à lui-même ^ il se fait naïvement gloire de sa propre impuissance. « Pour moi, j'ai résolu de ne me point masquer et d'être moi-même jusqu'à la fin, d'écouter, en tout, mon cœur dans ses épanchements comme dans ses indignations et de me résigner à bien accomplir ma loi... Ai-je le droit de me roidir contre elle pour réformer la nature? Est-ce à moi de démentir Dieu^? » Si orgueilleux pessimisme tourne naturellement au fatalisme; à qui lui dit : w L'inspiration t'a marqué au front de son caractère fatal ° », il répond tragiquement : « Mon ennemie, c'est la Destinée; je sens autour de moi quelque malheur inévitable, j'y suis accoutumé, je ne résiste plus® ». — Marasme si désespéré ne voit bientôt plus de remède que dans une mort prématurée. « Mieux vaut la mort que la folie \ » lui crie la voix de l'amitié : inséparables, elles viennent l'une et l'autre ensemble le délivrer : « Ce paria intelligent * », conclut la science du médecin, <> est atteint d'une maladie toute morale et presque incurable; maladie

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