‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 88 sur 199 · Chatterton · texte numérisé non relu

Chatterton

2. Ibid., 38. " Je suis convaincu de ceci, disait de même Byron à Lady Blessington (trad. Le Tellier. p. 100), c'est qu'il y a dans le tempérament du poète quelque chose non seulement qui le rend inaccessible au bonheur, mais qui déborde sur ceux qui lui adhèrent par quehjue fibre. »

3. 11 serait injuste de ne pas reconnaître certains mérites de Chatterton : il a surtout comme Vigny les qualités tendres et délicates du cœur. « Ah ! bonté ! bonté 1 s'écrie-t-il à propos de Kitty Bell, tu me fais plus de mal que leurs noirceurs. •■ II est de même, en son amour, capable d'autant d'héroïsme que sa dolente nature on comporte ; il consent à prolonger sa vie pour ne point entraîner en sa mort celle qui l'aime; il ne laisse qu'en mourant échapper l'aveu de cet amour (78). Enfin sa ■• fierté naturelle >• s'érige en un noble orgueil lorsqu' « elle lui crie de ne pas ployer et de ne pas avoir l'air malheureux » (5.d). 11 est dommage qu'en une si

bide idéaliste, la Charlotte de ce nouveau Werther, ou plutôt, pour ne point quitter son pays d'origine, rOphélie de cet Hamlet de la lyre, c'est une âme simple et douce et tendre à l'excès : c'est Kitty Bell. Sans doute, la « placide » et quelque peu railleuse petite marchande de buns et de mince-pies au « doux visage de marbre », dont la timide charité se manifestait en Stella ' par de clandestines aumônes de gâteaux au bohème errant, s'est ici élevée au plus haut rang de riche bourgeoise, qui, assez étrangement, du reste, héberge en son luxueux logis lords et poètes de passage; mais, toujours « terrestre fille d'Eloa », qui lui légua « la plus belle vertu, la Pitié », elle n'en reste pas moins en sa protestante Angleterre une « angélique puritaine » au langage à demi biblique, à la « dévotion bienfaisante- », une naïve sœur de la scrupuleuse Paméla, une pieuse cousine de la candide Miranda. « La conscience ne peut avoir tort », pense-t-elle *. Aussi, « tourmentée » à la fois par la pudeur et par la tendresse, cette grande M enfant^ », qui semble vierge jusqu'en sa maternité, ne saurait-elle, à l'égard de tout pauvre jeune homme mélancolique, qu'il fût poète ou non, éprouver d'autre sentiment qu'une platonique affection, bien plus faite de compassion instinctive que de sympathie clairvoyante. « Faible de corps et

noble nature tant de bonne volonté ne grandisse pas, faute d'un peu de vitalité native ou surtout de forte discipline morale, en vraie volonté virile, on énergique empire sur soi.

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