‹ Alfred de Vigny, sa vie et son œuvreChapitre 89 sur 199 · Ibid · texte numérisé non relu

Ibid

d'âme », elle est « forte de cœur seulement' » : aggravée de réserve religieuse, sa native timidité ne sait tout d'abord s'abandonner à l'expansion que dans l'intimité de l'amour maternel; mais, vienne le suprême désespoir de l'amour, elle se révèle « surprenante d'énergie, de tragique grandeur et d'inspirations imprévues- ». Pareille crise, il est vrai, épuise subitement sa chétive nature : tout indiquait en elle dès le premier abord qu'une douleur excessive et une subite terreur la feraient mourir, et elle meurt soudain, en effet, comme Juliette, défaillante sur le corps de son Roméo sans vie ^ Ainsi, en sa mièvre pâleur, en dépit de sa faible intelligence, par la grâce de sa délicate tendresse, en vertu de son héroïque dévouement, cette petite âme blanche, née « esclave » et « martyre^ » de tous les préjugés comme de tous les maîtres, demeure jusqu'en nos répertoires contemporains l'un des plus touchants types, plus anglais, à vrai dire, que français, de douce fragilité féminine.

En face des « martyrs », leurs « bourreaux^ »! Encore plus conventionnellement anglais est le lourd duo de matérialistes qui s'oppose à cet éthéré duo d'idéalistes. De vague sellier de Londres qu'il était naguère, le rustre de mari, ce positif et sanguin et colérique Master Bell a grandi, en ces rudes temps de crise sociale", en un riche et infatigable et auto-

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