‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 11 sur 33 · PXEIŒXES PAGES DE LA VIE · texte numérisé non relu

PXEIŒXES PAGES DE LA VIE

Réponte à une lettre de mon ami Sugène Taché,

Prends ces vers en retour de ta frsdche missive: Ce sont petites fleurs qu'en secret je cultive. Et qui n'ont, je le sais, ni parfum, ni couleurs ; Mais novembre jamais fut-il propice aux fleurs ?

Ce soir, pensif et seul, j'écoutais près de Tâtre Le rire pétillant d'une flamme folâtre ; Je disais en penchant mon front pâle d'ennui : " Toute chose en ce monde a besoin d'un appui : " Le pétrel blfeu s'attache à l*algue qui surnage ; " La vigne qui fléchit se suspend au treillage, " Et la nuée en feu, noir groupe de démons, " Va s'abattre en tonnant sur la pointe des monts. ^' Je voudrais reposer aussi mon front qui penche ; ^^ Oui, j'ai besoin d'une âme où la mienne s'épanche, " D'une âme de mon âge, à l'instinct noble et bon. " Et mes lèvres soudain ont prononcé ton nom.

Je t'appelais; ma mère ouvrit ma porte close ; Riante, elle agitait, au bout de son doigt rose. Un petit carreau blanc de timbres constellé : Ma main pour le saisir aussitôt a volé.

Comme un enfant après la vive luciole.

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Adieu, mon spleen angkk I Le noir vautour s'envole.

Penché sur Tâtre même à la fauve clarté,

J'ai dévoré ta lettre avec avidité.

Ma muse, en la lisant par sa grâce inspirée,

 relevé son voile ; et la joue empourprée.

D'une voix qui d'abord tremble un peu de frayeur.

C'est ellle qui me dit ces vers en ton honneur.

Tel l'oiseau, s'il est seul, cherche l'ombre, sans joie ;

Mais au fond de l'azur qu'une aile se déploie.

On le voit à l'instant, aussi prompt que l'éclair,

S'élancer en chantant sur les vagues de l'air.^

44 F0É8IEI.

Tu m^écris : " Que fait donc Tamitié dans ton âme ? " Les vents légers d'automne ont-ils tué sa flamme, " Que tu ne songes plus, oublieux citadin, " A celui qui va seul dans un âpre chemin ?

" Faudra-t-il que je dise, ô la pensée impie ! '^ Que mon ami d'enfance, âme éprouvée, oublie " Ainsi qu'une aube d'or notre printemps vermeil ! " — Cher Eugène, ah ! causons de ces jours de soleil. Où, plus bruyants cent fois qu'un essaim qui s'envole. Noua renversions nos bancs en sortant de l'écolie. Nous n'avions pas encor vu quatorze moissons. Nous refusions déjà d'apprendre les leçons.

^' Est-ce là, disions-nous, l'œuvre de jeunes hommes ? ^^Mais le monde jamais ne saura que nous sommes. '^ Non, non, c'est au grand jour qu'il nous faut travailler. " Quand l'oiseau dans sa cage apprit-il à voler ? " Et la gloire, où luit-elle? Est-ce à l'école sombre ? " La gloire est une fleur qui ne croît point à l'ombre : *' Elle aime les hauts lieux, colonnes, piédestaux, ** Et quelquefois, dit-on, le sommet des tombeaux.

PBEiaÈBES PAOE6 DB LA YIS 46

" Il faut, pour la cueillir, s'élever dès l'aurore,

" Aux yeux du monde, au bruit de sa clameur sonore;

" Car la gloire est coquette, et cette étrange fleur

"Veut qu'on la cueille au bruit d'un murmure flatteur.

" Assez, amis, assez de maîtres, âmes dures,

" Et de bancs enrichis par nous de ciselures;

" Assez de noirs bouquins, grimoires incompris.

" On ne recueille pas grande gloire à ce prix.

" La gloire est dans la lutte avec la vie amère :

" Allons gagner le pain de notre bonne mère."

Et nous partions, le bras sur Tépaule, en chantant; Mais bientôt un vent frais, un frelon bourdonnant, TJne feuille entraînée au tournant d^une source, Soufflait sur notre ardeur, suspendait notre course; Et quand le jour nouveau ramenait le matin, Nous reprenions sans bruit Paffreux livre latin.

Mais une fois venu le mois bleu des vacances, C^étaient des ris, des chants, de fantastiques danses; On passait la nuit blanche à faire des projets.

Qui n*a yu voltiger des troupes d'oiselets?

Comme elles en chantant et rapide comme elles.

Tout Tessaim s'envolait aux maisons paternelles.

Quel plaisir de jouer alors sur le gazon,

De pêcher dans l'étang, d'aider à la moisson.

De poursuivre un oiseau qui fuit le long des haies.

De cueillir à genoux au bois de rouges baies.

De ramener au pré Te cheval écumant,

Et le soir, quand le bleu s'assombrit doucement.

De suivre du regard, à l'ombre du village.

Un char retentissant fuyant dans un nuage.

mes frais souvenirs, vous me rendez joyeux!

Surtout je me souviens de ce mois où tous deux, A travers les grands blés pressant nos pas agiles. Courbés, inaperçus sous les épis mobiles, A Fheure où les oiseaux s'enfoncent dans le mur, Nous volions détacher la nef au lac d'azur.

Nous n'étions pas de ceux qui rasent le rivage, Tremblants comme une femme à l'aspect d'un nuage: — Enfants ! — Soit ; il fallait nous voir, au sein des flots, Gouverner aussi droit que de vieux matelots.

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