‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 22 sur 33 · LE BOIS · texte numérisé non relu

LE BOIS

La maison touche au bois. Je respire à ma porte Un air ayant gardé le goût de feuille morte.

Or, telle est sa fraîcheur, que j^ai senti souvenir Quand là-haut le ciel flambe en un long jour sans vent^ Et que quelque nuée au loin lourdement tonne. Voltiger sur ma chair comme un frisson d'automne.

Je sais leis blancs bouleaux^ je sais les pins moussus ; Mais qui pourra compter les nids entr'aperçus^ Et les volantes voix que les arbres enchantent ? C'est ici le bois où toutes les feuilles chantent.

Boie d'ombre le midi, plein die flammes le soir.

A peine est-il d'abord devenu presque noir

Qu'entre ses fûts, grillant l'astre à son crépuscule.

L'on voit étinceler des ors de renoncule.

Au-dessus, jusqu'en haut de l'énorme couvent.

Les transparences rient dans tous les tons du vent,

fête des yeux I. . . Tel, à l'heure vespérale, :

Un vitrail flamboyant d'antique cathédrale.

A wsight'b oboys. 121

Quel lumineux matin vaut ces soleils couchants !

Toujours, lorsque ces feux sont éteinte dans les champs.

Là-bas, parmi les blés, les herbes odorantes.

Qui doivent avant peu faire au maître des renteer,

Un vent se lève ; il vient, ainsi que sur les eaux

Accourent les frissons soufflés par les roseaux.

Il vient, il se soulève, il pousse les ramures.

Et feuillée à Pinstant de s'emplir de murmures.

Et vent de s'irriter, et branches de crier. . .

Air mielleux de la plaine, ô suave ouvrier

De tempêtes pour rire, accours, tourmente, affole

Là-haut, d'un délectable émoi, la foule molle

Des feuilles ! . . . Que l'on boive un souffle pins amer I

Et qu'on pense écouter les vagues dans la mer ! . . .

122 poÉnsB.

LEMOBT

Je foule d'un pied las Therbe dans la prairie^ Car tu m'as entraîné vers les champe, Rêverie, Fille du Goir, aimant les fronts blancs des vieillards. L'air ardent s'assombrit; les nocturnes brouillards, Horizontalement tendus comme des toiles, Couvrent tous les lointains. Au-dessus, les étoiles. . .

Enfin jie. me retrouve, et vais, bâton en main.

En faisant pesamment sonner sur le chemin

Le dur brin de noyer dont ma fatigue s'aide.

Voilà la nuit tombée et le vent qui succède

Aux longs souffles très doux venus du fond des champs !

Quiels soupirs il me jette, humains presque, et touchants !

C'est vous qui repassez, ô voix de ma jeunesse.

Pourquoi, si vous voulez que je rouïi reconnaisse.

Pourquoi vous rendez-vous plaintives à ce point ?

Vous n'étiez quie chan&on — vous en eouvient-il point?

Et lires résonnants entre leto lèvres; roses.

▲ wbight's gbove. 123

Si je vécus alors quelques matins moroses^ Je Tai depuis longtemps^ comme un son^e. oublié . . . Et je marchais à pas plus vifs, le corps plié, Quand un tremblottemcnt d'ombres et de feux ternes A dansé devant moi: balançant des lanternes Des couples s'envolaient sans bruit d'une maison. Quoi ! la campagne fête, à peine en fenaison ! Mais non, pas un fredon, pas un éclat de rire. Non, rien que le Bilence, ou le vent qui soupire.

J'ai vu déjà ces clos : ce toit, je le connais. Une blanche fleurette égayait ses vieux airs Un soir que je passai — c'était l'autre semaine — Au pas de mon cheval, devant l'humble domaine. Et, m'étant retourné pour revoir la maison Aux pans tout résiliés de pâle liseron. Un grand vieillard, debout dans le noir de la porte, M'avait crié : *' Que l'œil du Seigneur vous escorte ! "

Cet homme, je devine, est donc mort aujourd'hui. Est-ce au bruit de mes pas qu'une lumière a lui?. . . 11 est là, dévoilé, je le vois de la route.

L^œil fait un grand trou d'ombre au bas du front jauni; Mais Pâme vivante, elle, a sondé Tinfinî.

L'infini ! . . . Tout se tait, même le chien de garde, Et la lampe à travers la vitre qui regarde. . .

J'ai relevé ma tête. Ah ! que le ciel est pur ! J'enfonce ma pensée en ce gouflfre d'azur. . .

l'enfant a la lèvbx ybbmxillk. 125

L'enfant à la lèvre vermeille Se jouait nu dans son berceau.

De ce corps si frêle et si beau Venez voir la merveille I. .

Vents du ciel, que vous effeuillez De roses A peine éclosess.

Vents du ciel, dès Taube éveillés I

Ce matin, Tenfant toute blanche.

Est morte. . . ô mystère profond 1 Des souffles qui vers Dieu s'en vont Ont défleuri la branche.

Vents du ciel, dès Faube éveillés.

Vents du ciel, que vous effeuillez De roses A peine écloses !

MARIAQB D*AMOUR

UABLLQM D'AXOUB. 199

XABIAOE D'AMOÏÏB

Amour, amour, amour ! . . . Comme cette parole Parfume notre lèvre, et qu^elle a de douceur I 11 semble que l^on hume, au bord de sa corolle. Le baiser et Thaleine et Tftme d'une fleur. . .

190 POÉBOBS.

Mariage I mot sainte mot auguste et suave ! . . . L'ignorance finit, on commence à savoir Que, même au gai matin, la vie est déjà grave L'époux a son labeur, l'épouse a son devoir.

Mariage d'amour I ô la divine chose ! . . .

Paix aux foyers heureux que l'Amour a construits ! Paix aux jeunes jardins où veille un Ange rose I Beaux Edens retrouvés, remplissez-vous de fruits!...

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