‹ Alfred Garneau. PoésiesChapitre 8 sur 33 · POETE FOL · texte numérisé non relu

POETE FOL

O'est^ par les airs^ un entassement sombre De nuages. Horrible mont! L^étang joncheux, miroir d^un val profond, S^est éteint dûis un reflet d'ombre.

Comme vite au jour p&le vont.

Là-haut, ces vols d^ailes noires sans nombre ! Un édair heurte une nuée, et sombre !

Et tout le ciel en eau se fond . . .

poÉsnoB.

Mais le poète a doux martel en tête.

Ses yeux rêveurs ne voient pas la tempête Buisseler aux sentiers couverts^

Ni les vents tordre en un chaos les branches. Enveloppé de foudre aux flammes blanches.

Il cisèle, impassible, un vers.

BONIIBTS.

HOMUJLIOÏÏE

(Chruid lac Nomialogiie, proTtace de QoélMc).

C'est^ en forêt^ un lac où règne un grand silence. Vingt monts aux noirs sommets soutiennent don bassin; Une île çà et là — tel un pâle dessin — S'estompe à peine^ au ras du flot qui se balance.

Des grèves sans roseaux; au loin Tadmirable anss

Où s'éveille le jour comme sur un beau sein;

Puis des boia s'accrochant aux rocheixe> s(»nbre essaim ;

Fuis d'autres en, haut, droits comme dm fûte de lance.

24 poAsnBs.

Il n'est qtie ce tableau. Mais quelquefois, pourtant. Ces bords, partout muets, s'animent un instant : Un œrf paraît, qui nage en renversant sa tête.

Il brame avec douceur dans les clartés du soir. On dirait un tremblant cantique de la bête.

Aux êtres sans raison Dieu se laisse-t-il voir ?

bouretb. 25

SEVAHT LA OBULE DU CIMBTIElS

La tristesse des lieux sourit, Theure est exqtdse. Le couchant s^est chargé des dernières couleurs, Et devant les tombeaux, que Fombre idéalise.

Un grand souffle mourant soulève encor les fleurs.

Salut, vallon sacré, notre t^rre promise ! . . . Lm ohamins sous tes ifs, qu« peuplent les pâleun Det marbras, sont muets; dans le fond, une église Dreeso son dôme sombre au milieu deti rougeurs.

26 P0ÉSIS8.

La lumière au-dessus plane longtemps vermeillo Sa bêche sur l'épaule, contre les arbres noirs, Le fossoyeur repasse, il voit la croix qui veille.

Et de loin, comme il fait sans doute tous les soirs, Cet homme la salue avec un geste immense . . . Un chant très doux d^oîseau vole dans le silence.

MinraTB. 27

Aïï PEBE OOHIET

à BethRtamltn.

J^aime le lieu lointain dont tu chantes - en prose Toute la poésie avec ravissement.

M'auraifi-tu montré là, dans un mirage rose, Un coin du paradis. . . d'avant le châtiment ?

J'aime ison boi« obscur, qui n'a rien de morose, Et ses secrètes eaux au frais ruissellement.

Où parfois le baiser d'une étoile se pose. . . leurs chastes amours ! ô mystère charmant ! . . .

28 POf8IX0.

Mais j'aime plus encore, ami, le fleuve immense

Devant toi déroulant une magnificence

De flots bleus, qui n'est point comparable ici-bas ;

Et les yeux éblouis, je fais ému ce rêve :

Que j'admire, en marchant près de toi sur la grève.

S'éteindre en un tel lit le jour au beau trépas.

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