‹ Alfred RollChapitre 10 sur 54 · ENFANT ET TAUREAU · texte numérisé non relu

ENFANT ET TAUREAU

s’en rapportant, pour exprimer ce qu'ils cherchaient, à la tradition de certaines lignes, de certains mouvements de lignes, de certains angles combinés par ces lignes, ils dépassèrent la mesure, et nous montrèrent, sans hésiter, des chevaux, des chiens, des chats, des vaches, qui avaient des gravités ou des espiègleries dans le regard.

D'autres, au contraire, ne voulant en rien enfreindre la théorie orthodoxe, crurent bien faire de priver les animaux de toute expression, comme si le véritable caractère de la brute était de manquer d’expression. Roll, qui n'avait que faire de se discipliner selon la tradition, et qui, toute sa vie, s’appliqua à l'étude sur nature, Roll a ressenti trop de sympathie à l'endroit des bêtes, pour tomber dans les errements précé-

demment signalés. Il a compris qu'il y a là une force psychique, que la

philosophie tend à méconnaitre, mais dont la sagesse cependant recom-

mande de tenir compte, quand ce ne serait, dit un eroyant, que par respect

pour l'Être éternel qui a enveloppé de mystère l'œuvre de sa création. Chez les animaux, tels que Roll les a peints, leur regard de bête

porte bien le reflet d'âme qui leur appartient; et si je ne craignais point

AU TROT

de me trop éloigner de mon sujet, j'essaierais de démontrer quelle est, suivant les espèces, la nature et la mesure de ce reflet,

On a dit, non sans raison, que chaque animal a une qualité essentielle qui le distingue d’un autre; que le caractère de chaque espèce varie, en raison des différences mêmes de structure de ces espèces; que, par conséquent, chaque espèce à un caractère aussi bien qu’une forme unique. On s’est alors demandé si, par analyse, on ne pouvait pas conclure de là que chacune des principales qualités de l’âme devait avoir son expression dans une forme particulière du corps, tout comme chaque qualité principale des animaux se manifeste dans l’ensemble de la forme

qui leur est propre.

'artant de là, on remarque que, tandis que chez l'homme, la tête est solidement portée sur l’épine dorsale, chez l'animal, la tête n’est pour ainsi dire qu'attachée à l’épine dorsale (je ne parle iei que des grands animaux, cheval, bœuf, etc., que l’on rencontre dans l'œuvre de Roll.)

« Le cerveau, écrivait au commencement du xx° siècle le D° Maygrier, prolongation de la moelle que renferme l’épine du dos, n'a d'étendue que ce qu'il en faut pour l’action des esprits vitaux, pour la direction d'un être purement sensuel, et qui n'existe que pour le présent. »

Si donc l’on étudie attentivement le crâne de certains animaux, on aura l'indice du caractère déterminé de ces animaux, et la preuve évidente que le système osseux est en même temps la base, la conformation extérieure et l’étalon de mesure des facultés intellectuelles chez l'animal.

Que remarquons-nous, en effet? Chez les bêtes de somme, telles que le cheval, le bœuf, l'âne, le crâne nous apparaît avec des lignes longues et irrégulières, d’abord droites et parallèles, puis courbées en dedans, et ces lignes indiquent une existence de jouissance paisible et de patience; dans le crâne de l'âne, spécialement, il y a une ligne droite d’abord, qui rentre imperceptiblement, pour reprendre tout à coup sa direction première; c’est là un indice d’opiniâtreté. Le crâne du bœuf porte la caractéristique de la patience, de la résistance, de la pesanteur dans les mouvements; celui du taureau, qui ne se développe pas de la même manière que le bœuf, en raison de sa puissance génésique, offre le caractère d’une résistance plus opiniâtre, et d’un instinct qui porte à repousser. Chez tous, la mâchoire inférieure, épaisse et large, sert peut-être de siège à l'instinct de mâcher, remächer, et ruminer.

Ce sont là de très rapides notes sur lostéologie et la physiologie des bêtes qui nous occupent, notes qui suffisent cependant à faire comprendre dans quelle proportion leur regard doit exprimer de lintelligence. Cette proportion, Roll l’a trouvée exactement; il a appliqué avec tact le précepte que Sully-Prudhomme a édieté en ces lignes, visant spécialement les animaux domestiques des campagnes : CIL faut à l'artiste

qui interprète ces animaux une sagacité pénétrante pour déterminer la

loi plastique de l’espèce sous les accidents individuels, une intuition sûre

TA ITLLA 2

des caractères expressifs de la vie animale pour les dégager et les mettre en saillie, et enfin un sens développé du beau décoratif, pour ennoblir les lignes offertes par le modèle et les caractériser avec harmonie. » Cette préoccupation de chercher l'harmonie et le caractère dans la ligne et dans le mouvement, Roll l’a manifestée dès le début de sa carrière

d’animalier, et ne s’en est jamais départi : depuis le cheval bai qu'il pei-

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