POUR
ÉTUDE
sans lassitude, sans faiblesse, sans fatigue. Roll est de ceux — ils sont beaucoup moins nombreux qu'on ne serait porté à le croire — pour qui le progrès ne s'étaie que sur une étude continue, une étude qui demande à la nature le secret de son éternelle nouveauté. Pendant les mois où il était absorbé par la conception et la mise en chantier de ses œuvres les
plus colossales, il a toujours
; trouvé le temps de donner à l'étude pour l'étude et aux dessins des matinées qui étaient pour lui un repos, et aussi un régal de délicat.
Chercher dans le corps, dévêtu sur la table à modèle.
les mystérieuses harmonies de la forme; obtenir que la beauté se revèle en sa splen-
ii deur simple par la synthèse
difficile de la ligne; arracher au mouvement, quel qu'il soit, quelle que
puisse être son audace, ce Je ne sais quoi qui distingue le mensonge de l'attitude apprètée, de la vérité par où s'exprime la Vie; lire jusqu'au fond de la pensée, comme dans un livre, parce qu'on à pénétré, jusqu'en ses frissons les plus insaisissables, le langage du geste; raconter toute la passion, tout ce qui palpite dans l'être humain de sensibilité et d'émotions, l'instinct et l'âme à la fois, par un rapport sommaire de lumière ou d'ombre; élever la matérialité jusqu'au rève et préciser le
rève à l'aide d'une apparence de matérialité, c'est là l'effort complexe
où Roll a triomphé souvent, où il triomphe encore chaque fois qu'enfermé dans son atelier, isolé devant son chevalet, en communion étroite avec ce
qui est la plus haute joie de sa carrière, il fait pour lui une de ces san-
guines dont il ne se tient pas toujours pour satisfait, mais qui méritent
d’être admirées. tant il y dépense de zèle, de force,
de sève, de conscience, de sincérité, et, je ne crains pas de l'écrire, d'inspiration ! N'’allez pas, surtout,
lui demander d’y spécilier un sujet, d'y enfermer e
une idée empruntée à quelque métaphysique bien
obscure ; d'y commenter, à l’aide d’un symbolisme compliqué et inintelligible, sans l’aide d’un lexique
spécial, des pensées — de grandes et sublimes pensées toujours, Ô combien |
cueillies dans le parterre maladivement fleuri
d’une littérature
hermétique. Roll a laisse la littéra- - ï ture à sa tâche,
et prétend avec sagesse que
l'art sienne
à la assez clairement tracée, pour ne l’embarrasser point d’impedimenta où le tact manque
de mesure, et où la rai-
son, le bon sens, pour revenir d
une expression terre à terre, dont
le domaine se rétrécit chaque jour davantage
où le bon sens, dis-je, se trouble ÉTUDE
et perd pied.
Cette
absence de concession
au goût, moins délicat, du publie
en général, ne va pas sans danger pour celui qui a le courage d’en agir ainsi. Le publie, lorsqu'il a accordé sa faveur à un artiste, se fait exigeant ;
DAMNÉI
ALFRED ROLL 7x
il voudrait imposer sa discipline, très en dehors d'une esthétique rationnelle et d’un désir de progrès, à ceux qu'il a distingués : et, pour
n'avoir pas voulu se courber à cette servitude, Roll vit se produire, un
ÉTUDE
temps, un de ces revirements caractéristiques d'opinion, comme la vogue instable des choses humaines aime à en fournir l’exemple. Roll, qui fut, à son début, un peintre populaire, loué et flatté par la foule, a quelque peu perdu, à mesure que se haussait son talent par un progrès sans cesse évoluant, de cette popularité, dont les médiocres seuls peuvent se
contenter. C’est alors que, comme compensation précieuse, il a conquis
ÉTUDE
d'autres suffrages autrement difficiles: tous ceux, qui ont au cœur le culte du beau, ont fixé sur lui leur attention; et il faut croire que leur attention n'a pas été déçue, puisque, parmi cette élite, il compte des admirateurs fervents.
Comment, en effet, ne serait-on pas séduit par ses dessins, où il emploie toute la probité de son talent à concilier son inspiration avec la vérité. Je les revois toutes, ces figures bien vivantes, à l'instant où j'en parle, et, devant mon regard, c’est un défilé enchanteur qu'évoque mon souvenir. La plupart du temps, cela s'appelle simplement Étude, mais c'est tout un monde de pensée qui s’y manifeste.
Ici, dans un fourré, debout, écartant les branches aux épines aiguës, la femme s’avance en sa triomphante nudité, l'œil inquiet, la gorge palpitante, belle de son été mür: sa chair est comme une fleur saine épanouie sous la clarté solaire et l’on imagine à son égard quelque chapitre de la vie des nymphes aux fêtes païennes de l'antiquité. Là, à demi drapée, le torse émergeant de la robe, elle est assise, et dessine son profil grave, ses formes puissantes et douces, sur un fond de paysage attique : c'est à peine si l’on remarque la lumière du peigne relevant la lourde torsade des
cheveux fauves, signe discret de coquetterie,
tant il se dégage de majesté pure de cette simple figure d’une synthèse
si CXpressive.
Puis c'est une baigneuse, qui, au bord de la source, où papillonnent
des reflets de soleil et de ciel, s'est assise sur un repli de terrain bordé de
mousse, et, une jambe croisée, s'est endormie, la tête appuyée sur le
NDIVIIP