‹ Alfred RollChapitre 20 sur 54 · POUR · texte numérisé non relu

POUR

ÉTUDE

sans lassitude, sans faiblesse, sans fatigue. Roll est de ceux — ils sont beaucoup moins nombreux qu'on ne serait porté à le croire — pour qui le progrès ne s'étaie que sur une étude continue, une étude qui demande à la nature le secret de son éternelle nouveauté. Pendant les mois où il était absorbé par la conception et la mise en chantier de ses œuvres les

plus colossales, il a toujours

; trouvé le temps de donner à l'étude pour l'étude et aux dessins des matinées qui étaient pour lui un repos, et aussi un régal de délicat.

Chercher dans le corps, dévêtu sur la table à modèle.

les mystérieuses harmonies de la forme; obtenir que la beauté se revèle en sa splen-

ii deur simple par la synthèse

difficile de la ligne; arracher au mouvement, quel qu'il soit, quelle que

puisse être son audace, ce Je ne sais quoi qui distingue le mensonge de l'attitude apprètée, de la vérité par où s'exprime la Vie; lire jusqu'au fond de la pensée, comme dans un livre, parce qu'on à pénétré, jusqu'en ses frissons les plus insaisissables, le langage du geste; raconter toute la passion, tout ce qui palpite dans l'être humain de sensibilité et d'émotions, l'instinct et l'âme à la fois, par un rapport sommaire de lumière ou d'ombre; élever la matérialité jusqu'au rève et préciser le

rève à l'aide d'une apparence de matérialité, c'est là l'effort complexe

où Roll a triomphé souvent, où il triomphe encore chaque fois qu'enfermé dans son atelier, isolé devant son chevalet, en communion étroite avec ce

qui est la plus haute joie de sa carrière, il fait pour lui une de ces san-

guines dont il ne se tient pas toujours pour satisfait, mais qui méritent

d’être admirées. tant il y dépense de zèle, de force,

de sève, de conscience, de sincérité, et, je ne crains pas de l'écrire, d'inspiration ! N'’allez pas, surtout,

lui demander d’y spécilier un sujet, d'y enfermer e

une idée empruntée à quelque métaphysique bien

obscure ; d'y commenter, à l’aide d’un symbolisme compliqué et inintelligible, sans l’aide d’un lexique

spécial, des pensées — de grandes et sublimes pensées toujours, Ô combien |

cueillies dans le parterre maladivement fleuri

d’une littérature

hermétique. Roll a laisse la littéra- - ï ture à sa tâche,

et prétend avec sagesse que

l'art sienne

à la assez clairement tracée, pour ne l’embarrasser point d’impedimenta où le tact manque

de mesure, et où la rai-

son, le bon sens, pour revenir d

une expression terre à terre, dont

le domaine se rétrécit chaque jour davantage

où le bon sens, dis-je, se trouble ÉTUDE

et perd pied.

Cette

absence de concession

au goût, moins délicat, du publie

en général, ne va pas sans danger pour celui qui a le courage d’en agir ainsi. Le publie, lorsqu'il a accordé sa faveur à un artiste, se fait exigeant ;

DAMNÉI

ALFRED ROLL 7x

il voudrait imposer sa discipline, très en dehors d'une esthétique rationnelle et d’un désir de progrès, à ceux qu'il a distingués : et, pour

n'avoir pas voulu se courber à cette servitude, Roll vit se produire, un

ÉTUDE

temps, un de ces revirements caractéristiques d'opinion, comme la vogue instable des choses humaines aime à en fournir l’exemple. Roll, qui fut, à son début, un peintre populaire, loué et flatté par la foule, a quelque peu perdu, à mesure que se haussait son talent par un progrès sans cesse évoluant, de cette popularité, dont les médiocres seuls peuvent se

contenter. C’est alors que, comme compensation précieuse, il a conquis

ÉTUDE

d'autres suffrages autrement difficiles: tous ceux, qui ont au cœur le culte du beau, ont fixé sur lui leur attention; et il faut croire que leur attention n'a pas été déçue, puisque, parmi cette élite, il compte des admirateurs fervents.

Comment, en effet, ne serait-on pas séduit par ses dessins, où il emploie toute la probité de son talent à concilier son inspiration avec la vérité. Je les revois toutes, ces figures bien vivantes, à l'instant où j'en parle, et, devant mon regard, c’est un défilé enchanteur qu'évoque mon souvenir. La plupart du temps, cela s'appelle simplement Étude, mais c'est tout un monde de pensée qui s’y manifeste.

Ici, dans un fourré, debout, écartant les branches aux épines aiguës, la femme s’avance en sa triomphante nudité, l'œil inquiet, la gorge palpitante, belle de son été mür: sa chair est comme une fleur saine épanouie sous la clarté solaire et l’on imagine à son égard quelque chapitre de la vie des nymphes aux fêtes païennes de l'antiquité. Là, à demi drapée, le torse émergeant de la robe, elle est assise, et dessine son profil grave, ses formes puissantes et douces, sur un fond de paysage attique : c'est à peine si l’on remarque la lumière du peigne relevant la lourde torsade des

cheveux fauves, signe discret de coquetterie,

tant il se dégage de majesté pure de cette simple figure d’une synthèse

si CXpressive.

Puis c'est une baigneuse, qui, au bord de la source, où papillonnent

des reflets de soleil et de ciel, s'est assise sur un repli de terrain bordé de

mousse, et, une jambe croisée, s'est endormie, la tête appuyée sur le

NDIVIIP

Page 1