POUR
ÉTUDE
la réalité des perfections physiques aux qualités morales, dont il faut qu'elles soient le mensonge ou l’image.»
Ceci est juste; mais qu'on ne tourne pas la page si l’on ne veut y lire ce petit règlement conventionnel, tel que l’accepteraient encore bon nombre de mes contemporains d'ici et d'autre part.
«Règle générale dans la peinture, écrit le mentor: si vous déshabillez les personnages, vous êtes obligé de les couvrir aussitôt de leur pudeur, comme les filles de Sparte dans les danses du mont Taygète. A vous permis de représenter des nymphes au bain; mais, dans leurs traits, vous laisserez remarquer une timide innocence; une Diane, son front sera austère ; une Suzanne en butte à la convoitise de deux vieillards, à la condition que dans ce péril de la vertu ses regards suppliants, indignés même, se tournent vers le ciel. Encore dans un tel spectacle, ainsi que l’entreprise téméraire d’un jeune homme aurait quelque chose de trop vif sur la toile, les cheveux blancs de la veillesse répugnent à la vue. Le vice — et le vice audacieux jusqu’au crime sur les bords de la tombe -- afflige la pensée; s’il blesse, s’il outrage les saintes lois de la pudeur, la palette, comme la morale, le repousse. »
Et nous savons par les exemples proposés que, selon Kératry et bien d’autres, la pudeur est prompte à s'offenser. C’est qu'en matière de nu esthétique, beaucoup de gens confondent l'objectif et le subjectif, et ne voient pas la vie dans la figure représentée: ils se laissent aller à je ne sais quelle mauvaise évocation passionnelle, et prêtent gratuitement à l'artiste des sentiments vils, qui sont les leurs.
Sully Prudhomme a remis les choses au point; et il à dit, avec sa franchise de penseur qui va au fond des choses: « La part d'inspiration que les artistes, d’ailleurs excellents, doivent à la sexualité, est plus grande qu'ils ne l’avoueraient peut-être. Mais cette part faite, sans cynisme ni pruderie, il faut bien reconnaître que l'aspect de zu inspire à l'artiste autre chose qu'un mode du désir, et si, en présence du modèle, la première impression dérive parfois d’un appétit, la seconde, celle qui dirige le pinceau ou l’ébauchoir, ne relève que d’un sentiment. » Voilà la vérité. Je n’affirmerais pas que dans les dessins de Roll, où il exalte la
femme dans la pleine activité de son âge et de sa vie, le facteur géné-
sique de la beauté corporelle ne se mêle pas intimement aux autres, de telle sorte qu'on ne puisse les discerner avec précision; mais il n’est pas le seul facteur, et Roll, dans ses dessins, qui à mon sens sont si importants dans son œuvre, y fait montre d’une haute santé morale, qui ne
laisse place à aucune interprétation douteuse. Le nu ainsi compris
nous ramène à la meilleure condition de l'esthétique, puisqu'il demande
à la Vérité de nous servir de guide pour monter jusqu'à l'idéal.
ÉTUDE