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PORTRAIT DE M'° R

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ALFRED ROLL 103 « l'aptitude à la sympathie, écrit-il, ne saurait être trop développée chez le portraitiste. Ne doit-il pas, en effet, ressentir, pour la bien

rendre, l'affection morale la plus habituelle au modèle? Qu'un artiste au

PORTRAIT DE M, ALPHAND (1889) — (MUSÉE DES BEAUX-ARTS DE LA VILLE DE PARIS)

cœur sec puisse discerner, dégager et mettre en saillie les caractères propres au visage d’une personne tendre; qu'un artiste sans profondeur ni finesse d'esprit puisse interpréter l'expression d'un homme de génie

ou de goût, c’est ce qui, assurément, paraîtra bien difficile. »

Et de fait cette compréhension intelligente du modèle, cette dépense de soi pour pénétrer le visage qu'il interprète, c’est là ce dont témoignent simplement les portraits de Roll, que ce soient des portraits devenus célèbres, ou simplement des portraits destinés à s’abriter inconnus, dans le silence intime des foyers heureux de les posséder.

C’est ainsi qu'un des portraits les plus beaux de Roll est celui qu'il fit de sa mère, et qu'il garde dans son petit atelier. C'est une œuvre conçue dans le sentiment le plus pur, et le plus simple. Rien qui sente la représentation : une image chère, peinte avec tendresse et vérité : dans

un large fauteuil, une dame âgée assise, vêtue de noir ; une dentelle sur les cheveux ; les pieds frileusement posés sur une chaufferette : le visage est d’une gravité souriante : il y a entre le modèle et l’artiste une sympathie non dépourvue d’un peu d’angoisse. Le modèle souhaite d’inspirer au peintre un chef-d'œuvre, par orgueil maternel, et, par orgueil filial, le peintre s’efforce également au chef-d'œuvre; et l’on peut affirmer que tous deux doivent être satisfaits. Peintre puissant et libre, et audacieux, si l’on se rappelle que ce portrait date de 1878, c’est-à-dire d’un temps où les artistes s’en donnaient à cœur joie des robes de bal, des couleurs claires et des attitudes de poupées mécaniques, Roll ne voulut pas autre chose qu'une expression prise en pleine activité naturelle. Il osa donner une impression de vie intime, un souvenir à la figure aimée, telle qu'il la voyait tous les jours, dans l’habituelle simplicité des heures de confidence et de causerie; de la vérité et de la vie; c’est pour cela que l’œuvre nous émeut, qu'elle nous arrête comme ces pages éternelles qui furent créées en d’autres siècles, par les Velasquez, les Van Dyck, les Rubens, les Jordaens, les Rembrandt. Ce portrait fait mieux que marquer le talent du peintre ; il marque la tournure d'esprit de l'homme ; il est une indication précise et précieuse de ses préoccupations psychologiques, préoceupations dont les divers aspects nous sont fournis par d’autres portraits.

Dans le portrait de M®°R... du Salon de 1883, le peintre n’exprime pas moins de tendresse, mais il exprime une autre tendresse : le modèle est debout, en toilette de ville, prêt à sortir (Roll n’isole pas dans ses

grands portraits l’image d’un acte qui la situe dans la vie), robe de

satin noir à plissés, manteau brodé à bordures de fourrures, les mains satin F - à

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